Inni
Je suis entré comme un chuchotement. La lumière pulsait dans le noir boudiné de monde.
Je n’étais pas préparé à ça. On ne peut se préparer à ça. Les notes, frénétiques, me frappent en sourdine et se greffent au vestibule de mon âme. Cette chaleur me donne envie de voler mais la mélodie est si lourde de sens et de vie qu’elle m’ancre sur terre. Je vois mal dans la salle comble, mais je sais, je sens, que chaque bourrelet de tête rivée à la musique partagent cette même impression. Indélébile. Leurs oreilles sont tachées à vie, leur coeur ne pourra plus jamais s’en remettre.
Parce que, comme moi, ils ne peuvent plus empêcher leur univers de bourdonner.
Les percussions de Festival s’emballent. La lumière de la projection prend des airs de stroboscope. J’ai le coeur gros, non, pas gros, il s’effrite, il s’effiloche, il me dégouline dessus, et les frissons me grisent comme cette vague trop puissante qui te ramène avec force et euphorie vers la côte.
Sigur Ros est à la musique ce que la femme de votre vie est à l’amour (pour reprendre l’ellipse de l’auteur Frédéric Beigbeder). Toute la musique entendue avant était une musique de rodage et tout ce que vous entendrez ensuite sera de la musique de rattrapage.
La sortie de leur dernier film, Inni, est une belle façon de se le rappeler. Ou d’en prendre conscience pour la première fois.
À la fin de la projection, je suis allé rejoindre pleins d’amis qui étaient là, dans le noir eux aussi. En fait, je me suis rendu compte qu’ils étaient presque tous là.
Nous sommes traversés côté resto et avons écoulé les heures dans les rires et les cocktails et ce narcissisme affecté de l’artiste qui aime créer, pour l’exubérance et la folie et la beauté. Pour l’essence ainsi distillée du fruit de l’existence, une émotion pure, incompréhensible, que des oeuvres comme celles de Sigur Ros nous livrent.
J’en reparle avec Clovis le lendemain, à quel point des soirées comme celles-là, où la musique et l’art et l’amitié se conjuguent, nous font du bien.
Et j’ai soudain envie de garocher ça sur clavier, tout de suite, pour le partager avec vous, pour remercier Le Cercle d’être là, de travailler dur pour nous offrir, chaque semaine, un petit peu d’un quelque chose qui « fait du bien ».
Mon islandais est un peu rouillé, mais Le Cercle, Spirafilm et Prends ça court! je vous le dis, du fond du coeur et au nom de la ville de Québec :
Takk.
P
Photo : theexaltation.com




Un immense merci aussi à Prends ça court! et à Spirafilm qui présentent ces soirées de cinéma une fois par mois au Cercle!!!
J’approuve totalement Catherine! Merci infiniment! :)