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J’ai vu l’homme en noir

J’ai vu l’homme en noir


Les yeux fermés, j’avais l’impression que c’était lui. Celui que j’écoute sur mon Ipod, celui qui traîne en bruit de fond dans les fins de soirées, celui qui me fit découvrir mes premières notes de country. Le vrai…

La salle déborde de monde finissant de souper. Le style cabaret est de mise, tranquille, subtil, odeur de bouffe, c’est pénard. Toutes les petites chandelles sur les tables créent une ambiance feutrée et chaleureuse. On attend avec impatience celui qui interprète magistralement, selon la rumeur,  Johnny Cash. Dès les premières notes de Wreck of the Old 97’, ma face de « ben voyons dont toi! », est apparue.

Shawn Barker est tout simplement incroyable. Vrai qu’à l’ouïe il n’y a pratiquement pas de différence, mais son interprétation reste unique et est même près de l’incarnation. On est loin ici de l’imitation futile. J’étais abasourdi. La voix rauque, sensible et nuancée du chanteur est juste et flamboyante.

Il tient sa guitare comme lui, il fait le même petit tic de la tête que lui (Tsé, celui où il donne un coup dans les airs avec son menton), il joue de son instrument comme lui. C’est drôlement confondant. Il est un peu plus gêné que le « Johnny » pouvait l’être sur scène. Moins arrogant aussi, mais ça rajoute au charme.

De plus, la scène est belle. L’espace est totalement rempli par les musiciens et enrichi par le talent de deux jolies choristes. Épuré, le décor semi-industriel est orné d’un mur de béton où l’on y projette des images modernes et des clins d’œil au passé du vrai Johnny Cash.

Pour ce spectacle, The man in black, j’avais mis la barre très haute. Premièrement, on m’avait beaucoup parlé en bien de cette prestation qui en est à sa troisième saison estivale à Québec. La majorité des gens était unanime et m’avait averti que c’était splendide. Or plus on en beurre, plus mes attentes sont élevées. Je pensais franchement être déçu. Par chance, je m’étais trompé.

On entre dans cet univers comme on claque des doigts. Subtilement, Shawn Barker nous transporte à l’intérieur d’une autre époque et nous fait vivre l’histoire de la légende. Comme lorsqu’il explique le moment où il a enregistré I walk the line. « À cet instant, il n’y avait pas de batteur pour jouer avec nous, alors pour faire le son du « ayat » qui se trouve dans la pièce, j’ai glissé un billet d’un dollar entre les cordes de la guitare pour obtenir le bruit. » C’est alors que Barker glisse à son tour un billet et entame la chanson. Toujours comme si c’était lui Johnny.

Plusieurs moments de la carrière de l’homme en noir sont énumérés et interprétés sur ce deux heures exposées en deux tableaux distincts de 30 chansons. La première partie est dédiée au début de la carrière de Cash et à sa descente aux enfers. C’est plus coloré et plus acoustique. On apprivoise le personnage.

Puis, on touche, au retour de l’entracte, au côté plus sombre de l’homme. Vêtu de noir, comme Cash aimait tant l’être, Barker et ses complices rock plus dans la seconde moitié. Les solos de guitare électrique sont plus francs et les duos avec choristes plus éclatants.

C’est là que la fête décolle. Shawn Barker entraine le public avec lui dans son délire et les gens sont finalement debout à danser, taper des mains et chanter. Il faut le dire, le public est somme toute vieux et monotone. À minimum 50 $ du billet, il faut avoir les moyens de se gâter ça. Certes, il s’agit d’un beau cadeau, mais ce n’est pas donné à tout le monde ce genre de soirée. Triste, mais vrai.

Reste que l’interprétation de la chanson Hurt, à la fin du spectacle, vaut à elle seule la dépense. Dans le noir, éclairé à contre-jour pour ne voir que sa silhouette, Barker y va d’une interprétation sentie et puissante du dernier classique d’un homme qui, grâce à ce spectacle, ne mourra peut-être jamais. Cependant, je serais curieux d’entendre Shawn Barker interpréter des compositions différentes. Peut-être même ses propres chansons. Avec ce talent, on sait jamais…

Nico.

The man in black, Hommage à Johnny Cash
Jusqu’au 3 septembre au Cabaret du Capitole

Un commentaire pour “J’ai vu l’homme en noir”

  1. I guess finding useful, rielalbe information on the internet isn’t hopeless after all.