Rapides et un peu dangereux!
Chaque artiste a sa signature. Une démarcation propre qui permet de reconnaître son œuvre. Des motifs, des couleurs formant une empreinte digitale indéniable. Ce style est motivé par une passion incontrôlable voire insoutenable de créer l’art qui lui permet de s’exprimer.
Au cinéma, certains réalisateurs, Hitchcock par exemple, utilisent des motifs géographiques. D’autres sont obsédés par une image d’escalier ou de gratte-ciel. Certains ne peuvent s’empêcher, dans chacun de leurs films, d’avoir un protagoniste qui fait de la moto ou qui lit le même roman. Bref, une idée qui estampille l’œuvre chaque fois. Cette persistance se pointe parfois à l’aube de certaines carrières. Pour arriver au sommet de leur art, des réalisateurs débutent en se laissant transporter par ce qui les attisent, les stimulent, les font tripper!
Bruno Lebel fait des vidéos de drift de voitures.
Drift de chars? Ouep! Sur une piste fermée, des conducteurs expérimentés forcent le dérapage contrôlé de leur voiture et utilise le « brake à bras » comme jamais. Activité pour les trippeux de char? Ouep. Les vidéos de Bruno Lebel : pour tout le monde!
Formé en multimédia au Cégep Ste-Foy et ensuite à l’ECTQ (Ecole de cinéma et de télévision de Québec), Bruno suit son groupe de trippeux de char, surtout à la piste de Ste-Croix à 40 minutes de Québec et passe ses journées de congé à les filmer. Avant d’arriver sur place, il est déjà fin prêt. « Cette année, je m’étais imprimé des schémas de la piste, les endroits où les drifters allaient passer, pour optimiser ma journée. » Si la mode est de passer près de frapper des murs, Bruno est placé derrière ce mur, caméra à l’épaule. « Je veux m’arranger pour que ça ait l’air impressionnant. Parce que ça l’est! »
« Je trouve que la drift c’est le plus beau sport de course automobile. C’est là qu’il y a le plus d’adrénaline, de thrill. Ça prend une technique, un contrôle incroyable. Les pilotes doivent vraiment connaître leur char pour le contrôler en dérapage. » Bruno m’informe qu’à Ste-Croix, c’est comme une grande famille dans laquelle il commence à faire partie. Clairement, il admire ces gars qui s’entraident, se donnent des trucs. Une jolie fraternité pour cette « gang de malades », comme il les appelle gentiment!
Il veut leur faire honneur avec ses films et ça paraît. C’est pourquoi il est aussi bien préparé. Il a déjà en tête la musique qu’il utilisera pour son montage. Le résultat final est d’ailleurs rudement bien maîtrisé. Il y va d’un sens de la dramatique, de l’histoire réfléchit et posé, malgré la vitesse des voitures qui passent. Il connaît ce sport et veut en souligner les meilleures facettes. « En cinéma ou en photo, quand tu suis quelqu’un, tu laisses tout le temps de la place devant la personne dans le sens du regard. Sauf qu’en drift, juste parce que le char est de côté, c’est souvent plus intéressant de laisser de la place en arrière, montrer la fumée. » Une qualité supplémentaire de son travail se trouve dans le son. Le sport c’est visuel et le cinéma aussi. Par contre, plusieurs oublient le rôle clé du son. Ainsi, non seulement Bruno choisit avec grand soin la musique qui se trouvera dans ses vidéos, mais s’assure de faire ressortir au moment opportun, le bruit des voitures. Crissement de pneus, clutch et brake sont évidemment au rendez-vous!
Toute cette exaltation automobile et cet appétit du cadrage engendrent des vidéos passionnant pour les afionados du sport et impressionnant pour les néophytes.
Même si filmer le sport est devenu chose relativement facile par la légèreté et le prix parfois modique de l’équipement, Bruno Lebel ne se perd pas dans les rangs d’amateurs. Il se frotte tranquillement à ceux des professionnels. « Dans le temps où tout était sur pellicule, c’était moins accessible de filmer le sport. Mais moi, sûrement que si j’avais vécu dans ce temps-là, je me serais ramassé de l’argent pour aller filmer en pellicule! »
Armé d’une caméra HD, d’une go pro qu’il met sur le toit des voitures et d’un dolly (rails) fabriqué pour une modique somme de 50$, Bruno Lebel prouve qu’il est un grand trippeux au même titre que les pilotes qu’il filme avec tant de passion. Ouep!
Catherine
Onurb films (Vimeo de Bruno Lebel)
crédit photo : Antoine de Cardaillac




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