Quantcast
Sauver le monde – L’édito du mois

Sauver le monde – L’édito du mois


« La vanité est le moteur du monde. La peur en est le frein » — Pierre Bourgeault

Est-ce l’essor remarquable des technologies de l’information qui nous vomit constamment des images sordides et des nouvelles atroces, qui existaient peut-être sans que je m’en rende compte avant cette ère, car on dirait que ça ne va vraiment pas très bien dans le monde, là, maintenant?

Sécheresse meurtrière en Afrique, l’économie Américaine et Européenne qui s’affole, des inondations monstres, des cataclysmes sur tous les continents, un essoufflement des idées politiques, révoltes, le film québécois Sur le rythme, le taux de chômage qui gagne du chemin comme la peste, des guerres infinies, d’incompréhensibles tueries, l’explosion de l’inflation et du coût de la vie sans que les salaires, eux, n’augmentent, le cancer, ce putain de cancer qui sans arrêt mange l’existence et j’en passe. On est en train de battre tous les records de tristesse.

Si la folie de 2012 ne me faisait pas tant rire, je pense que je commencerais à y croire. Mais n’exagérons pas, restons lucides.

Puis, on veut sauver le monde. On marche dans la rue où des dizaines de jeunes munis de leur petit dossard nous expliquent pourquoi il est si important de donner à Oxfam, Greenpeace, la Croix rouge, et autre COMPAGNIE « à-but–non-lucratif- mon-oeil » de ce genre. On se fait tous avoir, parce que l’on est certain que ce don guérira cette profonde dysphorie et cette culpabilisation macabre d’avoir eu la chance de naître sur ce solide Bouclier canadien à 30 mètres au-dessus du niveau de la mer. Erreur.

Je l’avoue, je donne mon 8 $ par mois à Oxfam depuis trois ans. Elle m’a convaincu par de forts arguments : ses yeux et ses grandes jambes. Et voilà! Facilement, elle a obtenu mon numéro de carte de crédit, mais moi, je n’ai jamais eu le moindre chiffre de son numéro de téléphone. Échec.

Dépendons-nous tant des autres richesses afin de survivre et de leurs malheurs afin d’aider?

En fait, je pense que l’on s’y prend mal en voulant commencer par la fin : aider les autres, là-bas, et se nourrir d’eux. Parce que si l’on avait ouvert les yeux au moment de signer cet interminable contrat avec la Croix rouge sur la rue Saint-Jean et que l’on avait observé convenablement le monde au tour, et bien on aurait peut-être réalisé qu’à force de porter nos œillères, qu’on est incapable de régler nos propres problèmes, ceux tout près de nous, ceux qui touchent nos proches, nos amis, nos concitoyens, nos voisins. S’aider nous-mêmes.

Sans vouloir un cloisonnement populaire, ne devrions-nous pas nous recentrer un brin pour solidifier nos bases et redéfinir notre environnement social, économique et politique immédiat?

Social. Il excite ici aussi le malheur. L’une des premières fois que ça m’a frappé, c’était il y a quelques années alors que je donnais des formations d’improvisation à l’école secondaire Vanier. Cette institution est située tout près de la rivière Saint-Charles, tout juste en face du gros HLM sur le boulevard Hamel. À l’intérieur, seulement 25 % des jeunes obtiennent leur diplôme. Je m’occupais des 2e secondaires. Fait marquant, leur moyenne d’âge était de 15 ans… Ils avaient tous doublé plusieurs fois.

On dit souvent que tout le monde qui veut réussir, ici au Québec, peut réussir, mais je doute qu’en réalité ce fait existe, surtout lorsque de génération en génération notre papa nous dit que l’école c’est de la « marde » et que celle dans laquelle j’étudie est sous financée parce que mon quartier est défavorisé. Un non-sens. On va construire des écoles aux tiers mondes, mais on est incapable de construire des locaux convenables dans certaines écoles publiques de la région.

Politique. On part en guerre, parce que l’on veut changer le monde. On veut transformer les autres pays et les convaincre, par la force et nos idéologies, que notre démocratie c’est le paradis. Avec des bombes, de l’argent et nos idées, on envahit leur territoire et l’on s’implante. Sauf qu’ici, à Québec, à peine 60 % des gens sont allés voter à la dernière élection fédérale. Puis on chiale contre ceux qui essaient de changer les choses. Mais moi, qu’est-ce que j’ai fait concrètement pour que ma ville et mon quartier resplendissent? Je me souviens… J’ai fermé les yeux et j’ai délégué aux autres.

Économique. Pourquoi avoir peur de ce qui se trame lorsqu’il nous sera possible de nous redéfinir? L’économie mondiale flanche. Et alors? Ce système qui s’écroule, c’est comme une rupture amoureuse dans un contexte de divergence de caractère. On ne laisse pas la personne parce que l’on ne l’apprécie plus, mais juste que nous avons atteint la limite.

Vrai qu’au début on a peur de l’inconnu. Ce vide que procure cette liberté. Terminer les dimanches dans la belle-famille, les routines établies par le couple, les textos rigolos et les réveils chauds et rassurants. Place à l’incertitude et cette peur de la solitude.

Puis, on réalise qu’on a mis fin à cette relation parce que plus rien ne tenait en place. On avait beau essayer de se convaincre, mais le déchirement était inévitable. On ne peut pas engendrer des profits jusqu’à l’infini. Impossible.

Et un jour le calme. On a pris le temps de se replacer malgré ces durs mois d’instabilités. On recommence à trouver le bonheur au coin de la rue. Un panier de fruits de l’île d’Orléans n’ayant pas fait 2 000 kilomètres de route, des meubles fabriqués par un artisan d’ici, du linge confectionné par une fille sur la rue Saint-Jean. La simplicité peut aussi faire rouler l’économie d’ici.

Tout se transforme. On rencontre une nouvelle personne avec qui tout semble possible. Un nouveau système. Peut-être pas meilleur, mais juste un nouvel environnement dans lequel on ne se fait pas chier. De nouvelles balises où l’on peut repartir à neuf avec l’idée de vivre dans un monde qui reste imparfait, mais qui nous convient et que l’on dessine nous-mêmes, ensemble et sans peur.

Essayons à petite échelle, après on pourra peut-être proposer notre expertise à d’autres.

Nico.

Photographie: Sébastien Tremblay

4 commentaires pour “Sauver le monde – L’édito du mois”

  1. Voilà ce que tu aurais écrit si tu avais été moi dans la même situation: http://educatio.blogspot.com/

  2. Joanie Dionne Rhéaume 10 août 2011 à 21 h 20

    Bien intéressant cette idée d’éditorial…Félicitations pour cette réflexion. J’adore lire sur la bouffe, la mode, les arts visuels mais également sur d’autres sujets comme tu les abordes ici et qui nous incitent à questionner le système dans lequel nous vivons. Pertinent.

  3. Bon ça! Bravo Nico.

  4. Moi c’est son beau sourire qui m’a eu!