Québec, destination surf
Nous avions quitté Québec en mai dernier et nous avions réussi à parcourir la Californie au gré de nos ambitions de jeunes surfeurs. Je me rappelle qu’une journée de juin avait été particulièrement intéressante. Elle avait même été l’élément déclencheur dans la réussite de surfeur.
En ce beau matin du 6 juin 1993, de retour sur les abords de la route afin de récolter une nouvelle ride vers le nord de la côte, je repensai à ma nuit de sommeil mouvementée par ce rêve flou. Ironiquement, j’avais fait le rêve que j’enseignais le surf. J’avais fait le rêve que la baie de Cap-Rouge accueillait l’un des plus beaux breaks de la ville. En effet, la vague déferlait parfaitement et permettait une gauche exceptionnelle de plusieurs centaines de mètres.
Sylvain avait décidé de faire une sieste matinale sur le banc près du chemin où nous étions abrités du soleil. Soudainement, un « pick-up » muni d’une roulotte sur la boîte arrière s’arrêta. Un homme un peu bizarre descendit du camion. Un deuxième homme, tout aussi bizarre, descendit cette fois du côté passager. Ils se dirigeaient vers nous d’un pas confiant, mais lent. Sans gilet, le premier homme avait l’allure d’une poire; le deuxième était un mexicain. ll n’était pas question de leur dire non.
Nous avons embarqué à l’arrière du camion. La porte s’ouvrit tranquillement et j’aperçus ces chefs-d’œuvre, ces beautés divines. Il y avait 5 ou 6 planches de surf entassées à la droite. Elles étaient neuves. Toutes blanches, elles semblaient destinées à un avenir spectaculaire. Je n’avais jamais rien vu de si beau. Avec une taille moyenne de 9 pieds, elles caressaient mon regard tout en excitant mon désir de surfer. Enfin, je semblais avoir trouvé la clé de la caverne d’Alibaba. J’avais le sentiment que les portes du surf s’ouvraient à moi.
Dany et Dave nous offrirent de prendre la route avec eux. Ils étaient de San Diego et devaient livrer ces planches à Santa Cruz. Nous avons donc décidé de partir avec eux. En prenant le soin de généreusement nous laisser quelques petites gâteries, nous avons pris la route vers le nord tout en nous prélassant à regarder ces « surfboards ». À cet instant je me rappelle que je désirais être californien. Je me faisais brasser les fesses sur le Pacific Coast Highway et j’avais envie de passer ma vie ici. Certes, Québec me manquait, mais j’avais devant moi la vie que je cherchais.
Le fait le plus cocasse de mon rêve était que je surfais ces types de planches à Québec. Je surfais aussi plusieurs endroits reconnus et renommés. Il y avait une belle gauche à Cap-Rouge. Le « break » de Sillery au bas de la côte Gignac offrait une vague courte et un tube puissant déposé sur un fond rocheux. Un peu plus loin, au bas de la côte Gilmore, nous surfions avec les enfants et la famille. C’était une vague de sable qui permettait une sortie sécuritaire en mer.
À Québec, en bas du Château Frontenac, c’était le « spot » le plus populaire. Beaucoup d’amis à moi y surfaient. C’était une vague facile offrant des gauches et des droites. Sur un fond de sable aussi, c’était une vague qui nous permettait de nous retrouver entre amis et d’avoir du plaisir. Tous pouvaient nous admirer surfer à partir de la magnifique terrasse Dufferin. Beaucoup de touristes surfacent cette vague aussi. Il était nécessaire d’arriver tôt si on désirait garer la voiture près du « spot ». La compagnie québécoise de surf Southbird.com avait d’ailleurs un petit « surf shop » sympathique pas très loin.
La Baie de Beauport complétait ce secteur avec une vague un peu plus dangereuse qui déferlait directement sur la rive. Plusieurs bons « body surfers » y pratiquaient leur sport favori. La Côte-de-Beaupré, quant à elle, était encore inexploitée… du moins de la population en général; mais quelques voyous de la ville connaissaient et surfaient cet endroit.
Dans mon rêve, on ne voyait pas l’autre côté du fleuve. Dans mon rêve, le fleuve ne rétrécissait pas à Québec. C’était le large, c’était l’horizon et même le soleil se couchait au sud. Il était bien vrai que c’était un rêve, car il n’y avait pas ce genre d’endroit à Québec, ce genre de vague pour surfer. Je n’y connaissais rien au surf, mais je savais apprécier la mer. Je savais apprécier et reconnaître la déferlante, la gauche et la droite, le caractère unique de la destination surf qu’était Québec.
Aloha






Aucun commentaire pour le moment... Sois le premier à répondre!