La chronique du mois d’août
LE SAUT
Avant de sauter naît une vrille de questions qui font mal, dans la tête.
« Pour qui te prends-tu, connard, pour te convaincre que tu peux passer ta vie à créer, à faire ce qui te réveille la nuit tellement tu en baves, peu en importe le prix? »
On regarde ses pieds, étourdi, et on se traite d’idiot.
Idiot de croire qu’à 29 ans, on peut encore se permettre d’être con. Idiot de croire qu’après avoir traversé une adolescence de solitude, le manque de confiance en soi, le jugement des autres, l’obésité, la timidité et le cloisonnement de son coeur, on peut exploser une fois de plus, se battre pour devenir quelque chose d’autre et tout quitter.
Tout quitter pour une folie, pour une idiotie : la cuisine.
Le mois d’août sera pour moi le mois du « big jump ». Le 22, j’entre à l’École hôtelière de Québec. Enfin. Après deux ans de questionnements quant à mes aspirations futures, j’entre enfin dans la cale du bateau rejoindre mes amis pirates. Je recommence tout à zéro pour devenir Chef (même si tout le monde, de nos jours, est Chef). Ça prend quoi déjà? Ah oui, 200$ de livres de cuisine et un abonnement à Zeste.tv.
On ressent quoi quand on saute, ou plutôt quand on plonge? On bouillonne, la peau enfle de ce souffle gorgé de frissons qui se propage dans nos veines. On est fatigué car la décision du saut a drainé toute notre énergie. On rit pour rien, on se flanque d’un air d’incertitude alors qu’en-dedans, on veut crier.
Crier que tout est possible, qu’on va leur montrer, qu’on va réussir.
Crier que la vie, on en a juste une. Juste une. Et qu’on se crisse de l’âge, dans le fond, parce qu’avec du coeur, on peut apprendre plus vite, défoncer les limites du définissable, du normal, et se tailler une place au sein de soi-même.
Un soleil brûle en moi. Il me porte. Mon saut est plein de sa chaleur, plein de sa légèreté. Son incandescence m’apporte plus loin, un jour à la fois.
Quand je retomberai sur mes pieds, plus fatigué, plus soucieux et plus heureux, et quand mes mains brûlées et enflées empoigneront un couteau ou un plateau à dégustation nappé de ciel, ce sera avec un sourire aux lèvres.

SIR LONELY
Ok. Je m’étais promis de ne pas remettre sur la map ce gossant, incessant, maniaco-bucolique sujet éternel de toutes les chroniques, de toutes les histoires banales du monde : l’amour.
Mais bon, vous commencez à me faire chier solide. Alors j’ai juste pas le choix. Je vais devoir recommencer. Parce que la rentrée approche avec ses paplounes fraîches et ses airs de liberté. On dirait qu’août est le mois officiel de la rupture de masse.
L’amour est devenu un produit de consommation. Ça, vous le saviez déjà.
Ça, ça veut dire que vous comparez toujours, que vous êtes toujours à la recherche d’une version meilleure de ce que vous possédez déjà. T’as une femme géniale, sociable, gentille, belle comme un coeur? Mais shit, elle vient pas avec l’extra deepthroat? Peut-être qu’une autre blonde réunirait toutes ses caractéristiques?
Peut-être. Mais les chances sont fortes qu’elle débarque chez vous avec un chihuahua et toutes les qualités cérébrales qui viennent avec.
Bref, elle sera folle. Je veux dire «plus» folle que la moyenne.
Parce que nous sommes, mesdames et messieurs, tous tordus à notre façon.
La prévisibilité de la chose est si risible, si imprimée d’avance dans l’homogénéité des pleurs et des cris de rage et des papillons dans le ventre de l’humanité que j’ai presque le goût de pouffer de rire.
Et tout le monde, je dis bien tout le monde, même Brad Pitt avec son 6-pack et sa gueule d’Achilles-viens-me-licher-les-tits-photoshopés-bébé n’est à l’abri de la souffrance, de la misère et de la tristesse engendrée par l’amour à l’époque Facebook.
Même une personne possédant la confiance d’une super-vedette peut être réduite à une vidange de dépendance grâce à la formidable emprise des émotions.
La recette est simple. Désormais, il faut faire ses expériences. C’est la norme, notre nouvelle religion non-écrite. Impossible donc, dans ces conditions, de faire confiance à une personne (même si l’âge est relatif) de moins de 28 ans. Encore moins si vous êtes son premier partenaire. Un jour ou l’autre, le poison de la nouveauté s’incrustera dans son cerveau et ses amis feront tout pour la conduire hors de vos bras, dans le moule de consommation et de « collection des ex » que la société a préparé pour vous.
Dommage, parce que l’on sait tous que ces célibataires endurcis n’en demandent, dans le fond, pas plus que tous les autres : avoir une personne avec qui se coller, un dimanche soir, pour écouter des films devant la télé.
Dommage aussi, parce que la modernité a fait de nous des paresseux de calibre olympique.
Parce qu’il est facile, outrageusement facile, de faire l’amour à 40 personnes. On répète les mêmes mots, les mêmes gestes, les mêmes balades, les mêmes jokes plates après être venu.
Là où il y a du mérite, c’est dans la relation à long terme. Parce qu’il faut toujours être inventif, créatif, allumé. Il faut déborder de passion et réapprendre à faire l’amour constamment, en repoussant les limites du simpliste « va-et-vient du wiwi ».
Est-ce que je veux demeurer célibataire? Enligner les femmes comme on enligne les boulons sur une chaîne de montage? C’est à dire avec répétition, avec cette brise familière du déjà-vu? Certes, j’aurai moins mal, mais j’aurai l’impression de mettre la toune de ma vie sur repeat en changeant parfois les couleurs, parfois la courbe des ondes.
Dans la bataille du couple, cependant, je retrouve une vie mêlée de magie. Une sorte de pureté complexe et réconfortante que j’écluserai volontiers, en sachant très bien qu’on me brisera sûrement le coeur mais que l’important, dans le fond, demeure :
Ne jamais m’acheter de chihuahua.
P




J’aime la finale…bravo et bonne chance !
Beaucoup idéalise le couple. Je trouve important que chacun puisse apporter éternellement à l’autre du nouveau et l’aider à se réaliser individuellement. Je jamais rien prendre pour acquis, là est la solution…
Et oui, être en amour ça te fait monter haut comme ça te fait descendre bas, mais dans le fond, qui voudrait d’une vie sans rebondissement…
Fiable. Du début à la fin. Bravo pour ton nouveau plan de carrière qui semble beaucoup plus qu’une passion et excellent résumé de cet nouvel ère des relations amoureuses. Que de vérités