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Québec était inspirante pour le surf

Québec était inspirante pour le surf


Québec – 27 avril 1993

Québec était inspirante pour le surf. J’avais 20 ans et devant l’illusion qu’une suite logique m’attendait après mes brumeuses années collégiales.

Québec était inspirante pour le surf, car il y avait eu Hawaii 5.0 à la télé. Québec était encore plus inspirante pour le surf en ce 27e jour du mois d’avril à Québec, car je devais donner un coup de fil qui allait dessiner ma vingtaine et ses trois mille six cents quelques jours.

Tôt le matin, j’avais décidé de vagabonder vers le Vieux-Port afin de finaliser mon itinéraire. Le plan était de se rendre dans l’Ouest canadien pour bosser un peu et ensuite descendre la côte ouest-américaine jusqu’à San Diego. Mon objectif ultime était de surfer. Je partirais pour l’été, seul ou avec mon bon ami Sylvain. J’attendais sa réponse définitive aujourd’hui. Mon offre californienne était alléchante, mais il devait quitter emploi, femme et cours d’été. En plus, il ignorait encore un petit détail : nous allions nous déplacer en autostop, sur le pouce!

J’étais donc assis confortablement sur les pierres douces de la rue St-Pierre à Québec, le dos au mur et les jambes croisées en indien tout en fixant la cabine téléphonique près de moi. Sans cellulaire, sans courriel et sans le téléphone de la maison, la cabine téléphonique était mon outil. Elle était devenue mon champ de bataille et mon obsession depuis plusieurs heures. Certes, j’avançais sur ma planification routière, mais j’avais constamment le réflexe inconscient de lever les yeux vers elle. Comme si Sylvain allait en sortir avec un grand sourire et un surfboard sous le bras en criant : let’s go surfing !

Il était maintenant 12h25 et je devais lui téléphoner à 13h. L’histoire de la compagnie de surf québécoise Southbird.com allait s’écrire.

La crème solaire n’était pas très à la mode à cette époque, du moins, pas dans mon cas. Même si le soleil luisait sur mon front et sur mes avant-bras, il n’était pas question de bouger ou de quitter mes pierres par crainte d’apercevoir un passant utiliser le téléphone. Déjà accro aux ongles de mes doigts, cette situation de voir le temps s’écouler dans ma cabine serait devenue insupportable.

Quelque peu ankylosé malgré mon jeune âge, il était temps de me lever et de me rapprocher de ma tour de communication. Encore quelques minutes pour que ma plus belle pièce de 25 cents puisse sentir son panache canadien glisser dans les poches de Bell Canada.

Il était 13h et j’étais devant les portes de la cabine. J’ai plongé ma main afin de récupérer ma pièce. À ma grande surprise, elle n’était plus dans ma poche! Je cherchais comme un étourdi dans la poche de gauche, la poche de droite, les poches de fesses, mais il n’y avait plus de pièce. Le calepin avait fait un saut prodigieux vers le sol et mon cœur battait rapidement. Je levai les yeux quand soudain j’aperçus la face de la reine entre 2 pierres tout près d’où j’étais assis. Je n’avais jamais pensé être aussi heureux devant Sa Majesté.

J’appelais donc Sylvain. Un coup, deux coups, trois coups, quatre coups… merde! C’est seulement après 8 ou 9 coups de sonnerie qu’il répondit. Du tac au tac, sa décision fut positive. Le 3 mai était notre date. J’avais 175 $ en poche et j’étais prêt.

Après notre départ et quelques semaines de route, San Diego fut la destination rêvée. Il y avait, là, à cet endroit, le soul que je recherchais, l’identité que je recherchais. Terminé les jackets de jeans, terminé les short courtes, place aux bermudas, aux gougounes et au surf. C’était la vie que j’avais envie, c’était la vie que j’avais trouvée. Je savais que le chemin serait long et difficile pour côtoyer cette vie à long terme. C’était maintenant le temps de m’en imprégner.

Nous avons donc parcouru l’Amérique à pied pendant les trois mois de l’été 1993. Le grand tour était fait. Sans un sou peut-être, mais le cœur riche d’espoir de toucher à notre rêve de surfer et de vivre notre belle jeunesse.

90 jours sur la route où il y avait eu la solitude pour nous encourager. Nous étions guidés par les chemins du hasard et par les gens destinés à nous aider.

San Diego par rapport à Los Angeles me faisait penser à Québec par rapport à Montréal. D’un côté la grande métropole et ses grattes-ciel et, d’un autre, la banlieue où il fait bon de vivre. Par contre, la mer biaisait à coup sûr toutes formes de comparaisons possibles et imaginables. Le fleuve et sa population avaient donc besoin d’un coup de main. J’avais eu le temps de réfléchir sur la route! J’avais décidé de transporter le surf à Québec et créer l’offre globale permettant à tous de surfer. L’accessibilité à ce merveilleux sport devenait réalité.

Québec était maintenant encore plus inspirant pour le surf, car il n’y avait rien. Il n’y avait pas la mer, il n’y avait pas de service, il n’y avait aucun produit. Rien n’existait. Rien ne pouvait nous faire surfer, rien ne pouvait nous faire rêver au surf. C’était comme les sushis il y a 20 ans. L’oiseau du sud se devait d’émigrer vers le nord. J’avais dû aller voir et quitter ma ville. Je devais aller explorer. Je me devais d’aller comprendre cette culture, ce sport et de l’apprendre. J’avais dorénavant qu’un plan dans la tête : faire profiter mes amis et la population de Québec du surf et sa sensation ultime qu’est le plaisir.

Aloha

2 commentaires pour “Québec était inspirante pour le surf”

  1. INSPIRANT!

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  1. lacapitaleblogue.com | Québec était inspirante pour le surf | Québec t’aime - 30 juin 2011

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