Bonne Saint-Jean…
C’est la première Saint-Jean-Baptiste de Marie, une jeune Française venue compléter ses études dans notre magnifique ville. « Il paraît qu’à Québec c’est vraiment mémorable comme fête nationale! » s’exclame-t-elle d’une voix tout excitée. Chez elle, à Bayonne, c’est la fête du Cochon qui tient le rôle de fête nationale. Le maire de la ville jette, dans la foule habillée de rouge et blanc, d’énormes clés. Ces clés signifient que les citoyens sont propriétaires des lieux pour 5 jours et 5 nuits. La fête!
Elle avait entendu parler de notre Saint-Jean par des amis alors qu’elle était en France. Selon eux, la ville se transformait complètement, devenant le siège d’un carnaval survolté où le bleu et le blanc imprégnaient d’une sublime beauté les vêtements, les visages et les murs, où la joie et la fête créaient un engouement sans précédent, où la fierté et la musique devenaient un impressionnant spectacle multicolore et démonstratif, et où la chaleur et l’extase prenaient carrefour sur les fortifications de la cité. Bref, c’était de l’amour collectif.
Bien sûr, comme pour la majorité des fêtes nationales dans le monde entier, l’alcool fait partie intégrante de l’itinéraire. Une règle non écrite semble permettre aux populations, lors de leurs festivités traditionnelles, de consommer de l’alcool sur les places publiques. Par exemple, les grandes artères, les rues, les parcs, les lieux communs, comme les grandes places publiques et les endroits de rassemblements prédéterminés par les organisateurs, sont des emplacements que les gens tiennent pour acquis.
23 juin 17 h. La soirée de Marie commence chez moi pour un petit BBQ entre amis. Bières, vins et spiritueux sont aussi les bienvenus. On n’abuse pas, mais juste assez pour se gâter un peu. Sur la rue, comme j’habite le quartier Saint-Jean Batiste – parlez-moi d’un bel adon – l’ambiance est déjà survoltée. Les cris de joie se font dès lors entendre et les classiques : « BONNE SAINT-JEAN! » ET « VIVE LE QUÉBEC » sont vibrants.
On regarde Marie et on la trouve chanceuse : sa première fête nationale québécoise et en plus, à Québec.
Tout le monde se souvient de sa première Saint-Jean, en ville, sur les Plaines d’Abraham. Tout le monde se souvient de son premier rassemblement d’amis. « On se retrouve au gros arbre! » Tsé le gros arbre, celui en face de la scène. On ne trouve jamais ce gros arbre du premier coup.
En réalité, une première Saint-Jean commence souvent en banlieue. On attend à l’arrêt de bus pendant une éternité, mais c’est là que la fête s’allume. Une fois dans le bus, le party explose et la fierté se fait aller. On danse, on chante, on s’amuse et oui, aussi… on boit.
Une fois en ville, on marche sur la rue Cartier en direction des Plaines. Pour certains, c’est Place d’Youville qui est le point de rendez-vous. Peu importe, parce que le but est le même : folâtrer.
La fête est partout, il y a du monde partout, ça s’amuse partout. Mais l’apogée, le moment où tu sais que tu fais partie de cette grande fête, c’est lorsque tu arrives sur la Grande-Allée. C’est plus grand que nature. Les gens, cannette à la main, se font des « chin chin » et s’embrassent. C’est là aussi où tu rencontres tous tes amis qui flânent et qui fêtent eux aussi leur fierté de faire partie de ce peuple si unique. Éclairé par la grosse boule disco et l’énorme drapeau de Québec du Dagobert, le peuple s’enivre.
Puis on arrive à l’entrée des Plaines. Le moment où tu finis ton alcool, où que tu essaies, malgré l’interdiction, de pénétrer le territoire avec tes consommations. Plusieurs trucs existent, mais je les garde pour mes amis et moi. Pourquoi essayer? Parce qu’on est jeune et que l’alcool coûte tellement cher à l’intérieur que c’en est décourageant.
Une fois entré sur les champs de bataille, qu’on a retrouvé nos amis, il ne reste qu’à célébrer! Aujourd’hui, le spectacle, qu’on l’écoute ou qu’on ne l’écoute pas, continue jusqu’à 4 heures du matin. Dans le passé, ça se terminait vers minuit, ce qui créait des débordements allant même jusqu’à des émeutes comme celle de 1996 et 1997. Alors, la ville a changé ses plans, offrant un spectacle plus long et une liberté plus grande pour la consommation d’alcool sur les lieux non officiels.
Depuis plus de 14 ans, la fête se déroule sans l’ombre d’une émeute. Les gens quittent les lieux graduellement et quelques-uns la terminent, bien sûr, à la citadelle pour y voir le majestueux lever de soleil.
Or, pour Marie, sa première expérience sera bien différente.
À partir de cette année, la ville sera assiégée, clôturée et inspectée par les policiers afin que les gens ne puissent y boire leur propre alcool. Pas de bière dans les rues. Non! Le maire, notre cher Régis ne veut plus qu’il y ait de « Far West! Fini les beuveries! Ça n’en prend pas beaucoup pour faire les nouvelles aux États-Unis puis salir notre image ».
Certes, chaque fois qu’il y a un bain de foule, il y a de petits débordements. Vrai, aussi, que l’an passé il y a eu deux agressions au couteau! Mais encore, les lendemains matins, la ville a vraiment l’air d’une soue à cochons et ça coûte des milliers de dollars pour la nettoyer.
Sauf que, des centaines d’autres fêtes nationales et traditionnelles comme le Carnaval de Rio au Brésil, l’Oktoberfest en Allemagne, la fête de Saint-Étienne en Hongrie, la fête de Bayonne à Bayonne ont aussi leurs débordements, mais l’image de ces nations n’est pourtant pas souillée… au contraire. Je suis certain que si l’on donne une journée de pleine liberté et de réjouissance à une population, ça aide à obtenir 364 autres jours de paix sociale. Avoir l’impression que tout est permis, une seule fois par année!
Et malheureusement, pour la première fois depuis les années de grandes émeutes, j’ai peur. J’ai peur, car interdire cette liberté collective risque de mettre le feu aux poudres. J’ai peur, parce que clôturer la ville et punir ceux qui voudront se frayer un chemin dans cet enclos avec leur eau-de-vie risquent de créer une tension inutile. J’ai peur que la fête se transporte dans les quartiers résidentiels et que le problème ne soit que déplacé dans des lieux inappropriés et moins surveillés. J’ai peur qu’il y ai une augmentation de la consommation des drogues dures causée par l’interdiction de boire dans les rues. Finalement, j’ai peur que Marie garde un bien mauvais souvenir de notre belle Saint-Jean-Baptiste.
Mais bon, il y aura tout de même des activités intéressantes comme le spectacle clandestin. Ça vaut franchement le détour!
Alors, faite la fête, mais n’oubliez pas qu’une ville comme Québec mérite notre respect. Soyez digne de votre ville.
Nico.




Je pense pas mal la même chose que toi. Punir tout le monde pour une couple d’imbéciles dans une fête qui somme toute est respectueuse malgré ses excès, c’est inutile. Les moyens pris ne permettront pas d’atteindre les buts visés sauf si ces buts sont faire vendre plus d’alcool à Molson et aux bars de gande-Allée. Lame.
J’ai écris là dessus et sur la pérérisation de Québec en général
http://tourdivoireblog.wordpress.com
oups
http://tourdivoireblogue.wordpress.com
Sa fais 4 ans que je ne vais plus a la Saint-Jean, parce que j’ai maintenant des enfants et qu’on fete en famille. Mais ton texte ma rappeler de tres bon souvenirs et je me rend compte que je suis vraiment chanceuse d’avoir pu vivre la vrai Saint-Jean de quebec!!!! Bonne fête natinnal à tous!!!!
Depuis quand l’alcool est-il nécessaire au divertissement ? Il me semble que même à jeûn (et on s’entend que la Ville de Québec n’a jamais dit qu’elle voulait que les fêtards soient à jeûn), c’est possible de profiter du spectacle, de socialiser avec les autres parce qu’on est fiers d’être Québécois, de niaiser entre amis et de se faire du fun en masse… Je trouve que ça salit notre réputation d’agir comme des enfants qui se sont fait confisquer des biscuits. Et pour ceux qui disent « eurk non man si on se saoule pas la gueule c’est plate », c’est possible de boire chez soi avant et après être entré dans les zones festives et c’est possible d’acheter de la bière à l’intérieur des zones festives (oui, même si c’est cher).
[En passant, je ne suis pas une "vieille frustrée" qui essaie d'imposer à tout le monde un mode de vie ennuyant pour me venger d'avoir eu une vie plate ; j'ai 20 ans et j'aime aussi sortir dans les bars/événements, mais l'alcool ne fait pas toujours partie de mes soirées réussies]