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La chronique du mois de juin

La chronique du mois de juin


Photo : Charlotte Lin

Aujourd’hui, vous ne m’aimerez pas (mais ne vous inquiétez pas, j’ai tissé une fin ben fine).

Parce qu’hier, j’ai eu des envies de superficialité.

À force d’intégrer ce monde. À force d’y vivre chaque seconde, d’y battre chaque minute, j’y ai reniflé l’odeur.

De la souffrance en torpeur et du silicone, un vent d’hédonisme, l’arôme du paraître, l’aigre brise de la solitude.

Une vie dont le prisme ne réfracte que les rayons du mensonge.

Hier donc, comme je vous l’ai dit, j’ai eu des envies de superficialité. Une urge inexplicable, comme celle du non-fumeur à Paris qui s’éprend de nicotine par simple surexposition.

J’ai eu envie de placer ma vie en orbite autour de la sainte trilogie : célébrité, égoïsme, « douchebaguisme ».

C’est que j’angoisse. Je suis l’enfant-roi d’une génération qui ne peut compter que sur le « je » tout-puissant.

Angoisse : état d’anxiété, érection d’un mécanisme de défense pour protéger l’esprit de la peur d’être abandonné, la peur de perdre l’être aimé et/ou le risque de perdre l’amour de cette personne.

Je me réconforte de l’attention que me prodigue de purs inconnus afin d’augmenter leur prestige social et par conséquent, le mien. Je ne tiens plus à quelque chose de viscéral. Je n’ai plus de principes, plus de valeurs. Je suis une pute.

Je me perçois comme une personne indépendante. Je confond ce concept avec celui de liberté. Je manque de respect envers les autres afin d’augmenter ma propre importance (souvent sans m’en rendre compte, car je ME protège). Cette importance est une cote d’attention qui nourrit le vide en moi. Tout comme mon désir de ne rien manquer, d’oublier la supposée platitude d’une vie rangée (with kids and wife and dogs) en me masturbant intellectuellement dans des discussions mièvres avec des gens mièvres mais bien sapés.

Après tout, on peut faire parler le superficiel de n’importe quoi. Suffit de bitcher n’importe qui.

Superficialité : Qui n’approfondit rien.

Regardez autour de vous. N’y a-t-il pas un besoin d’attention, une détresse que l’on tente d’oublier pour quelque temps en la noyant dans l’alcool et la bulle hermétique d’un dancefloor?

Ya kekchose de foutrement tragique, dans tout ça. Dans le fait que nous rejetons toujours la faute sur nous-même. Dans cette pression, énorme, que l’on drape sur nos épaules, alors que nous n’avons jamais été aussi peu armés intérieurement pour la combattre. Ne reste plus qu’à libérer cette pression (dans la fuite?). Ce mal que l’on tente d’expier expliquerait-il la discothéquisation de notre monde?

C’est pourtant simple. Le pourquoi, je veux dire. La source de notre mal-être moderne, de notre pure incapacité à communiquer, c’est notre rapport à la pyramide des besoins de Maslow. Cette théorie explique qu’une fois nos besoins physiologiques et de sécurité comblés (se loger, se nourrir et se vêtir), nous pouvons entreprendre le chemin de l’affection (s’aimer et être aimé), de l’estime de soi (confiance, respect des autres) et de la réalisation personnelle (créativité, morale, gestion des émotions).

Mais notre affectif est fucké (ce qui nous bloque l’accès au sommet de la pyramide), parce que plutôt que de travailler sur nos sentiments, nos défauts et notre incapacité à affronter le monde, nous continuons de nous gorger des besoins primaires grâce à la consommation. On est habillé, mais on continue à s’acheter du linge. On est logé, mais on continue à s’acheter des meubles en inox. On multiplie des besoins matériels inexistants, on se crée de faux espoirs.

Et puis, quoi?

Ai-je vraiment le goût?

Ai-je le goût d’investir dans cette peine humaine que nous bardons tous derrière nos fragilités carapacées?

Ai-je le goût de révéler à mes proches qu’ils n’ont aucune confiance en eux? Surtout lorsqu’ils font les «toughs»?

Ai-je le goût de leur avouer qu’ils se minent et sèment les graines d’un malheur qui les suivra toujours?

Non, je n’ai pas le goût.

Parce que j’aime me concentrer sur le positif.

Demain, je veux approfondir. Avoir des envies de vérité.

Envie d’arrêter de penser et de tout compliquer.

Envie de profiter de juin et de l’été.

Envie de boire sa chaleur, allongé sur l’herbe.

Envie de ne plus me protéger et de m’ouvrir.

Envie de l’énergie du soleil et peut-être, peut-être, d’un soupçon de liberté :

Celui de m’offrir le luxe, tranchant et définitif, d’aimer.

Aimer : Avoir de l’affection, de l’attachement, de la propension, du goût.

P

2 commentaires pour “La chronique du mois de juin”

  1. Tellement trop

  2. Geneviève Larose Farmer 8 juin 2011 à 23 h 47

    Anakin