La chronique du mois de mai
Photo : David Lachapelle
1er mai. Midi.
Je parcoure les plaines parmi les derniers sillons de neige laissés là, épars, grillés de soleil, qui chatouillent le souvenir abstrait d’un hiver déjà bien oublié.
Le vent est encore froid mais la chaleur des rayons me traverse comme un parfum. Le ciel est trop pâle pour l’été, l’herbe trop jaune, mais la lumière triomphe sur mon fleuve Saint-Laurent lamé d’argent.
Ma poitrine se gonfle d’orgueil. L’orgueil d’être en vie, d’être seul, de respirer cette terre qui renaît sous mes pieds, sous mon souffle et sous le rouleau de mes pensées cristallisées.
Un goéland vole au-dessus des formes crénelées du Château Frontenac qui pointe son buste oxydé à l’horizon. Dans l’ombre échancrée des branches d’un arbre, une bedaine de vieux monsieur qui se fait bronzer. Un couple qui s’abandonne à la simplicité d’un lancer de frisbee. Un Bruce Lee en herbe qui pratique son Tai Chi de «gougounes» près de la tour Martello. Des joggeurs en sueur et puis des chiens, partout, la langue pendante et toute énervée.
L’été prend forme, enfin. Il s’installe tranquillement, s’infuse dans nos pores, dans notre attitude, dans la vivacité et la clarté de nos sourires.
Mes narines se dilatent. J’inspire encore. L’espoir, l’amour, les femmes : ça sent tout ça à la fois et en même temps.
Je songe déjà aux BBQ entre amis, aux longues soirées près du feu, à l’odeur brûlée de la guimauve, aux têtes qui chancellent au rythme du festival d’été, à la bière prise dans l’attente d’un coucher de soleil qui n’en finit plus d’arriver.
Je songe à la douce pression d’un corps contre le mien, dans un arôme de lilas et sur l’ombre d’une herbe verte et sous un ciel étoilé et pour l’ingénu goût d’aimer.
Je songe aux baisers mouillés et frais dans la piscine; à la robe ténébreuse d’un nebbiolo trempée de l’éclat d’une chandelle; au chuchotement d’un cours d’eau.
Je songe à ces chevelures qui n’en finissent plus de rouler et de tomber sur la courbe d’une nuque ou d’une épaule. À la peau d’un flanc féminin, chaud de soleil, que l’on caresse de souffles et de promesses.
L’espoir. L’amour. Les femmes.
Le mois de mai, je vous le donne, mesdemoiselles. Non, je vous le rends, plutôt. Parce qu’il vous appartient depuis toujours.
Attention, cette chronique est (n’est pas) un hommage aux jupes courtes du carré d’Youville.
C’est le mois très particulier où tout homme qui se respecte s’incline et concède ce que la femme – ce que sa femme – représente vraiment dans sa vie.
C’est le mois où l’on s’éprend du lac de leurs yeux verts dans lequel l’âme se baigne et se voit à l’envers.
C’est le mois où l’on fond devant la délicatesse de leur nuque, la naïveté de leur rire, la pureté d’un « je m’ennuie ».
C’est le mois où l’on redécouvre le plaisir intime d’une promenade main dans la main, enserrée de leurs doigts fins (ceux cachés depuis si longtemps sous ces affreuses mitaines).
Ce midi, en marchant, je suis tombé amoureux du mois de mai.
Amoureux du mois où l’on embrasse les filles sur le front pour les remercier de porter nos enfants, où on les embrasse sur les yeux pour les remercier de leur fragilité, où on les embrasse sur la joue pour les remercier de leur enfance pleine de maturité, où on les embrasse sur l’oreille pour les remercier de nous enlacer, où on les embrasse dans le cou pour les remercier de nous abandonner leurs murmures.
Et puis viennent les lèvres. Parfois minces, parfois charnues, légèrement entrouvertes. On tremble, la bouche sèche mais pourtant pleine de salive. Le cœur gros mais pourtant si petit, une balle qui bondit entre nos côtes et vient resserrer en nous quelque chose d’intangible, comme une minuscule corde de bonheur.
Si on embrasse véritablement, on ferme les yeux. Parce que l’ascenseur est trop rapide. Parce que le baiser nous fait frissonner avant de nous élever, ailleurs et partout à la fois.
Merci, gentes demoiselles, de rendre notre vie si simple et si compliquée.
Ailleurs et partout à la fois.
P
P.S.: Si vous trouvez cette photo bucolique et too much et qu’elle vous donne envie de frencher et de sortir dehors et de vous rouler dans l’herbe tout nu, tant mieux, c’était le but.




« …de tes yeux. De tes yeux verts. Lacs où mon âme tremble et se voit à l’envers… » (L)
Sublime éloge à Beaudelaire et aux femmes de Québec (parce qu’on sait qu’elles sont les plus belles.)
«– ce que sa femme – »
Ah!!!! Enfin une chronique sur le printemps amoureux qui ne rabate pas que les filles peu vêtues sont une ressource naturelle inépuisable à exploiter comme un gisement de gaz de schiste!