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Punk velours

Punk velours


21 h 45. J’arrive près des portes du bar l’Agitée situé au 251, Rue Dorchester, où a lieu le lancement de Shotgun Divorce, premier opus du groupe Shortpants Romance, et ce, dans une indiscrétion totale. À l’extérieur, le son de la guitare et du clavier de Femme Accident explose déjà.

À l’entrée, je croise une amie journaliste, elle est à la recherche du Maire de la ville qui devrait être présent ce soir. Moi, je suis à la recherche de sa fille, Catherine Vien-Labeaume, chanteuse de la formation, du guitariste Ralph Elawani et du batteur Simon Guérard.

Il fait chaud. Il y a une tension étrange qui règne dans les moindres petits coins du bar. La fumée artificielle camoufle la réalité et le son, puissant, résonne murs à murs. Ça sent le punk.

On me dirige vers le sous-sol. Je descends les escaliers et m’enfonce dans un lieu plus sourd, plus lumineux, plus calme. J’entre dans la pièce sans trop savoir à quoi m’attendre. Peut-être, j’y trouverai le bonhomme Carnaval? Et non, il y a plutôt deux jeunes musiciens qui se préparent à faire un spectacle. Quelques instants plus tard, le troisième membre du groupe arrive.

Le bruit du rock est loin derrière les marches. Nous sommes assis, calmes, pénards, sur de gros divans moelleux où, surement, plusieurs scènes de cul ont eu lieu par le passé. Mais bon, c’est ça le rock and roll.

On parle musique. « On ne fait pas vraiment de « name dropping», on s’inspire de tout et de rien, on gobe plein d’affaires et on les recrache dans notre musique. Notre musique c’est comme du velours », me résume Ralph Elawani qui griffonne sur sa guitare au même moment.

Pour la chanteuse rouquine, le trio n’a pas vraiment de concept : « on ne vise rien en particulier, on n’a pas de style précis et on ne veut pas en avoir. On veut juste créer. » Rien de plus, rien de moins à déclarer.

Pas pire, pour une formation dont le magasine culturel français les InRockuptibles classe parmi les cinq groupes à surveiller cette année. « On prend ça comme un grain de sel. C’est un peu n’importe quoi, de toute façon, ce que les Français ont écrit sur nous. Mais, bon c’est flatteur. Ça ne donne pas un coup de pied dans le cul, on n’en a pas besoin, mais c’est le fun », souligne Catherine.

Toujours dans l’humour et un brin de sarcasme, la discussion se tourne soudainement sur leur vinyle : « On trouvait important le rite de l’objet. Ça fait partie aussi de notre création. Les journalistes aiment ça aussi recevoir le truc, la chose. Décider de la pochette et du centre du vinyle nous a beaucoup inspirés », réplique Elawani. Cependant, ils ont aussi laissé place à l’air du temps : « On offre une version numérique avec le disque », confirme Simon Guérard.

Il ne reste que quelques minutes avant le show, mais le mythe s’articule de lui-même et la rumeur parle des spectacles de Shortpants Romance comme étant décapant : « l’ambiance des shows dépend de la réception du public, mais on sait jamais comment ça peut finir », s’exclame Elawani.

Je fais mes salutations et je remonte en direction de la scène. J’arrive en haut juste à temps pour l’arrivée de Régis. Il est plus effacé et décontracté qu’à l’habitude. Il est avec sa gang et la blondinette de Lunetterie New Look Claude Thibault. Pourquoi j’écris ça? Juste parce que je commence à trouver drôle le mélange hétéroclite de genre qui se dessine devant la scène. À l’avant de la salle, il y a une grosse troupe de hipsters. Sur le côté, pas bien loin du premier groupe, se trouve une dizaine de quinquagénaires qui sentent drôlement la Crème de Menthe. Ça promet pour le show.

Le groupe monte sur scène. Le décorum? Une grande feuille de papier blanche peinturée de rouge et qui indique le nom du band. C’est tout croche, mais ça fit. Le départ est lancé. L’attitude de la chanteuse est différente de celle que j’ai vue en entrevue. En bas des marches, il y avait une jeune fille tranquille et un peu réservée. En haut, avec son micro, j’y trouve une fille qui a du chien, de la rage et un peu d’arrogance. « Ho! Le mélange d’antibiotique et d’alcool, ça magane », lance justement la chanteuse qui frappe son micro partout.

À ses côtés, les gars font un solide boulot. La guitare est bien maîtrisée et le son abrasif des cordes agencé à la robustesse rythmique de la batterie est franchement éloquent.

Le punk séduisant du trio rend la foule de plus en plus excitée et le « slam » prend de l’ampleur. Régis, au bar, regarde sa fille chanter au beau milieu des spectateurs qui dansent dans tous les sens avec elle. Un beau moment, surtout lorsque le gosse qui travaille au Cinéma Cartier, dans une explosion de folies, a reçu un coup de coude en pleine face et en a perdu ces lunettes. Pas drôle, mais juste intense.

Sous les applaudissements, le spectacle a pris fin. Court et soutenu. Il n’y a eu aucun rappel de la part de la formation, mais ça doit faire parti de leur non-concept.

Nico.

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