La chronique du mois de mars
Photo : Sébastien Tremblay
Joyeux 1er anniversaire, Québec t’aime. Et merci à tous ceux qui ont rendu ce rêve possible, vous, lecteurs et chroniqueurs assoiffés de passion et de mots. Je me trompe peut-être, mais Québec semble plus vivante, plus sensuelle, que jamais. Non?
« Je pense être un verbe et non un pronom personnel. » – Ulysses Grant
Je ne vois pas trop ce que l’on peut bien écrire, après avoir parlé du sujet le plus convoité et le plus vicieux en mystères : l’amour.
Alors… j’imagine que l’on ramasse ses clés. Que l’on se jette dans l’inquiétude et l’humidité coupante du dehors en prenant le volant de sa voiture.
On conduit sans vraiment savoir où l’on va. Sans savoir. Comme dans la vie. On fait confiance à la route, et en cette carrosserie à pensées d’une tonne qui ne demande qu’à avaler les kilomètres.
L’être humain est une créature de réflexes. On roule sur un chemin connu, un chemin qui semble greffé à nos gênes, derrière nos yeux. Changer quémande l’exercice de la volonté.
On s’en rend compte. Décide alors d’emprunter une autoroute. Parce qu’inconsciemment, on devine que notre vie a toujours suivi un chemin précis, effréné et rectiligne. Comme dessiné d’avance. S’est-on jamais demandé pourquoi?
Hein, pourquoi?
Et avec cette rivière de noire bitume qui file vers l’infini de l’horizon, avec ce ciel bleu et inéluctable qui embrasse la route, avec ces filons de neige fondante moirée de brun qui caressent la périphérie du regard, on a le désir qui s’articule, qui se définit…
On comprend que c’est au mois de mars que l’on renaîtra.
Que le déclic ressenti il y a une heure, un jour, une semaine, ben men, il coule dans nos veines et nous fait réaliser ce printemps qui s’amène, plein de vie et de goût et d’espoir.
L’envie de changer. Quelque chose. Comme se polir par en-dedans.
Pour certains, l’envie de renaître est survenue sur le traversier de Lévis : tête baissée dans le soleil cru, en fixant le mouvement des plaques de glace, hypnotique, sous la force éternelle et belle des vagues qui se moussent contre la coque comme du shampoing.
Pour d’autres, c’était au Café du Temps Perdu, les yeux cernés, la goutte au nez. Après des semaines d’efforts, d’études, d’implication et de travail acharné (pourquoi, déjà?), et le peu de temps libre restant gaspillé à dérouler le papier de toilette de son «News Feed».
Meubles-tu trop ton temps?
T’arrêtes-tu pour penser, parfois?
As-tu faim du moment présent?
As-tu soif du simple temps qui passe? D’une goulée d’air frais arrachée au sommet d’une montagne? Du vent qui lèche ta peau brûlante de soleil? Du gonflement de petitesse dans ta poitrine lorsque tu te donnes le temps d’admirer les étoiles?
Le présent est une splendeur qui nous intime un respect silencieux, un respect sourd aux vicissitudes de l’existence.
On conduit le long d’une route prévisible et l’on souhaite s’engouffrer dans les sinueuses petites rues qui serpentent le bas du fleuve. On aime les métaphores car on est si intellectuel, et l’on se dit que c’est un peu comme ça que devrait être la vie : ne jamais savoir ce qui se trouvera au prochain détour.
Ce trait d’esprit nous fait penser à Forrest Gump et sa fucking boîte de chocolats. On sourit dans la lumière oblique de cet fin d’après-midi et l’on se dit que la vie, c’est peut-être, aussi, comme une grappe de raisins. On grappille tout ce que l’on peut des petits plaisirs qui nous sont offerts. Sans crainte d’abuser ou de s’étouffer.
Je plains ceux qui sont allergiques aux raisins.
Sur la route de notre Renaissance, dans cette odeur de terre mouillée et de glace bronzée du mois de mars, on devine que jouir du présent, c’est refuser le cynisme ambiant. Comme le font naïvement les enfants.
C’est croire que tout peut nous arriver et qu’une fois le pour et le contre pesés, le résultat sera forcément bon. Croire que le bonheur n’est pas seulement le malheur que l’on tait. Reconnaître que la vie peut être une pièce de théâtre bourrée d’entractes routiniers, mornes et débiles mais nécessaires. Beaux, même. Comme les projets qu’on y insère.
La beauté du monde est paralysante tant elle est inexplicable.
Je vous conjure de lire cette phrase avec lucidité. De garer la voiture, de couper le moteur et de sortir, sortir pour mieux intégrer votre propre vie, vos propres aspirations, vos propres rêves.
Car il faut toujours se quitter soi-même si l’on désire s’amener ailleurs.
P




Yesterday is History, tomorrow is a Mystery, and today is a Gift! Thats why we call it the Present! Très belle réflexion sur le moment présent! J’aime :)
I LOVE IT!!!!!! J’aime, j’adore, j’adopte! Renaissons! ;)
Ouf, par chance, je ne suis pas allergique aux raisins… seulement, je ne m’aventure pas dans ceux qui ont certainement des pépins, ce pourrait nuire à mon moment, you know!? ;)
Sérieusement tes chroniques sont comme une bonne poutine…on est déçu quand on arrive à la dernière bouchée/paragraphe pcq c’est déjà terminé! Vivement le prochain mois…
merci pour ces mots.