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La chronique du mois de janvier

La chronique du mois de janvier


Photo : Patrice Plante

Dans mon confort je me suis assoupi. Éveillé, pourtant endormi. J’ai cru au pouvoir de l’espoir. J’ai rêvé au mot inouï.

Mais la neige m’a réveillé. Le froid a fait basculé l’échiquier.

Nous voilà enfin en 2011.

Enfin.

C’est drôle. On dirait que l’année 2010 s’arroge la haine du monde. Je n’ai jamais autant entendu les gens se plaindre à propos de cette année qui s’est achevée le coeur à tout rompre.

C’est drôle, mais je perçois une envie viscérale dans mon entourage de balayer cette dernière année. Tout recommencer à zéro. Un désir de recouvrir sa vie d’une nudité sans phare, comme une longue toile blanche et immaculée.

Serait-ce ça, janvier? On prend tout ce qu’il y a de pourri, toutes ces feuilles mortes que nous avons laissées derrière nous, tous ces regrets, et on les étouffe sous la neige?

L’air est cinglant, près du fleuve Saint-Laurent. Le froid assaille notre âme et pénètre par les fentes de nos erreurs, comme des couteaux de vent.

On veut toujours faire mieux. On prend des résolutions. On caresse l’espoir que le chemin sera lumineux, maintenant que nous avons tourné le dos au passé. Maintenant que nous avons accepté que quelque chose venait de se terminer.

Pour ma part, l’année 2010 aura été une année merveilleuse. Une année pleine d’amour, pleine d’amitié, pleine de projets et de rêves et de mots. Et, même si sa fin aura été la plus terrible de mon existence, un contraste déchirant et cru et sans souffle, je ne peux regretter d’avoir vécu chaque soupir avec intensité.

Je ne peux regretter mon passé. Je ne peux le balayer. Il est là et il me définit. Il faut m’en nourrir. Nourrissez-vous du vôtre, et accepter votre condition humaine, si belle et si imparfaite.

On ne nous enseigne pas ça à l’école. Que les erreurs c’est bien. Que c’est en vous pétant la gueule et en vous relevant que la vie prend tout son sens.

De nos jours, on forme une jeunesse qui n’accepte pas l’erreur. Où l’échec est mal vu. On forme une jeunesse qui se cherche mais qui ne veut pas se fourrer en chemin, une jeunesse qui fuit au moindre petit pépin.

Or, n’oubliez jamais que l’erreur est la plus belle chose qui puisse vous arriver. Et le plus merveilleux, c’est que ça ne vous empêchera pas d’en refaire. Et de toujours vous améliorer.

Je ne vous souhaite pas amour, bonheur et prospérité, cette année. Je vous souhaite de prendre conscience que la vie est un travail sur vous-même. Travaillez vos passions, n’ayez pas peur de l’échec et estimez-vous. Ne prenez rien pour acquis. Comprenez que vous êtes faillible, et que vous n’apprendrez jamais rien en fuyant.

Sinon que courir, c’est essoufflant.

Lorsque la vie tourne et tourne encore,
Comme une peau éveillée qui s’enlise,
Je me dis que tout est fini,
Parce que tout doit recommencer,

Je me dis que mon temps a été gaspillé,
Que j’ai vécu sans vraiment vivre,
Que je me suis perdu parce que j’étais ivre,
Que la drogue du mal m’a désarçonnée,

Comme un parfum parfait, un parfum souhaité.

Je me dis que demain,
Je ne pourrai faire mieux qu’hier,
Je me dis que la douleur n’est plus qu’un souvenir trainé,
Sous ma chair et dans mes os et sur mes jours,
Comme un vêtement lourd, un vêtement sourd.

J’ai laissé mes erreurs m’habiller,
J’ai laissé le monde marcher sur mon cœur brisé.

En cette nouvelle année, que puis-je espérer?
Sinon me répéter que je ne suis pas mon passé?

Bonne et heureuse année 2011, mes amis. Vivez vos jours, vivez votre ville. Nous serons toujours là pour vous faire tripper.

P

4 commentaires pour “La chronique du mois de janvier”

  1. Les erreurs. Passages obligés de l’apprentissage.

    Quand ce n’est pas des nôtres qu’on apprend, ce sont de celles des autres qui se retrouvent dans les manuels, mais en négatif : on apprend à calquer la « bonne recette », sans voir tous les échecs qui la précèdent.

    D’où la pensée magique qu’il n’y a que la première fois pour réussir sans honte.

    D’où la confusion entre la persévérance et l’invincibilité, une nuance importante qui laisse place au rêve, à l’audace et à la capacité de recommencer, dix fois s’il le faut. C’est cette nuance qui permet de remplacer le regret par le souvenir.

    Et si on parlait plutôt d’étapes? Je vous en souhaite des tas en 2011, il n’y a que l’immobilité déguisée en sécurité qui tue l’âme!

    Et Patrice, je connais un excellent remède écossais contre les doutes qui suivent une étape et qui s’insèrent par les fentes, comme le froid. Ça tombe bien, c’est un remède qui réchauffe. À consommer en janvier de préférence. :)

  2. Un Petit remède pour les temps gris?
    S’accrocher à des dossiers, à des tendances, à des projets.
    Faire le bien autour, du bénévolat.
    Économiser, Faire la fête dans des maisons et non dans des bars.
    Lire le quatrième Livre D’Antoine C.Falardeau…
    Plusieurs options. Appeler L’Auberivière pour servir le souper

  3. Gabrielle Arseneault 22 février 2011 à 22 h 55

    Merci. Juste merci.

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