La chronique du mois de décembre
Photos : Sébastien Tremblay
Décembre est le mois de l’excès.
Une ode à la consommation, à la frénésie du plaisir, à la rage de boire son temps à même les fonds d’bouteilles.
Vous la sentez déjà qui vous parcoure la peau, non? L’anxiété du dernier mois de l’année, de la fin de session, du stress plein vos caleçons?
Comme une fin proche.
Décembre est le divorce du gros bon sens. L’ennemi des rêveurs, de la censure.
Décembre est un temple de démesure.
Comme à chaque année, les fidèles s’empileront aux Galeries du Capital, les yeux injectés de pères Noël et la patience à ras le g-string, se forant un chemin dans les «mégesins» à coups de griffes, d’insultes dans l’parking et de cossins en «spicial».

Vos petits amis parfaits, eux, vont se mettre à courir les partys de bureau, les Dora à la bouche exploratrice et les pintes de bobettes au Pub de l’université. Ils s’empiffreront de moments mémorables (rappelez-vous votre première date avec Tequila), effaroucheront les rumeurs pis les tragédies de «détaggage» sur Facebook en frenchant la moitié de la planète et finiront dans leur vomis bien avant le réveillon.
Mais on leur pardonnera en janvier.
Hey, c’est la vie.
Non, je suis désolé. Décembre, c’est pas la vie. C’est ce que le jeune naïf en nous aimerait qu’elle soit. C’est une insouciance animale, un pétage de coche collectif, une prise de conscience inconsciente de notre fin intangible, de notre propre mortalité.
C’est l’excès dans sa plus grasse expression.
Quand c’est la fin, on se fout pas mal du lendemain. On dépense, on s’aime, on boit, on concubine, on se lèche les babines.
Aucune limite de crédit, aucun pêché pas assez original, aucun repas de moins de 1500 calories. Un lendemain de veille continuel, des achats insensés faits dans les conditions les plus absurdes, des brunchs qui commencent avec une bonne bière tablette et des Normandins obèsent de monde.
Je m’essouffle moi-même.
Parce que le pire, c’est qu’on le sait intimement. À quoi ça va ressembler, encore, cette année. Et on le fait pareil. On dit oui. Tout le temps, à n’importe qui, à n’importe quoi. On enfonce tout dans son horaire, on bouche tous les trous, on en fait le plus possible.
Parce que décembre, ce mois qui marque la fin d’une année d’efforts, conjure en nous ce sentiment d’urgence. On alimente la parade humaine, on joint les rangs de l’impatience occidentale et on bourre les pores des centres commerciaux.
J’ai juste un mot à dire : wow.
Pourquoi wow? Parce que je trouve ça authentiquement malade de se laisser driver comme ça par nos hormones, par cet inexplicable sentiment de durée humaine.
Je ne vous servirai pas la sempiternelle et harassante «Noël est une fête de capitaliste, un complot planétaire dirigé par Toys R Us et Fisher Price». Je ne vous souhaiterai pas non plus (#kétaine) de prendre du bon temps en famille ou avec vos amis. No way. Ça, votre banque vous l’a déjà dit.
Nenon. Moi, je vous invite plutôt à dépenser votre temps, à le garrocher par les fenêtres, à vous éclater la gueule en folies indigestes et en trous de mémoires. Je vous exhorte de vous sentir en vie et d’en jouir à chaque putain de seconde.
Essayez pas. C’est ça que vous voulez, de toute façon. C’est ça que vous recherchez, que vous espérez. Faire quelque chose de grave, d’exagéré. Et d’avoir à vous traîner le lendemain matin, d’avoir à entendre votre crâne brûlant gémir des «pourquoi?».
C’est à cet instant précis que l’on assimile toute la beauté d’un repos bien mérité. À cet instant que l’on comprend à quel point glander en robe de chambre est un délice raffiné.
Mais pas avant. Là, on n’est pas en janvier.
On est en décembre. Le mois de l’excès. Faque j’vous le dis.
Faut vous décrisser la vie.
P
Autres gourmandises mensuelles
- Chronique du mois de novembre (mois de l’amour)
- Chronique du mois d’octobre (mois de l’écriture, de la nature)




enfin quelqu’un qui fait un résumé de ma pensée en regard à cette période de l’année.
L’overdose de décembre c’est l’Amérique et sa consommation à l’état pure de n’importe quoi pour n’importe qui , n’importe quand et que vous avez trouvé n’importe où car vous vous sentiez obligé d’acheter pour l’autre le présent qu’il mérite . Le hic c’est que vous vous êtes perdu dans tous ces magasins et vos pensés. Tout cela résultera par une paire de bas de Noël achetés en même temps que la 24 dans un Pétro-Canada le 24 décembre au soir.
Personne n’est obligé de consommé autant, il faut retrouver le sens de la fête autrement!!
Sti que je t’aime pour ce que tu nous écrit chaque début de mois! So true!
Pat., intérsessante chronique. Et comme le crucifix nous a imposé longtemps un « Temps des Fêtes », du premier dimanche de l’Avent (1er dim. de déc.) jusqu’aux Rois (6 janv.), fêtons… six semaines.