Quantcast
La chronique du mois d’octobre

La chronique du mois d’octobre


Photos : Sébastien Tremblay

C’est un peu comme ça que j’me le rappelle, le mois d’octobre. J’ai quoi, 13 ans? Mon grand-père est mort. Mon premier vrai deuil. Ma première solitude. Une mélancolie latente, qui pendouille à la poutre de ma conscience; les feuilles trop rouges, sur le béton malade qui borde la rivière Saint-Charles. La grisaille d’un gros Pac-man d’hiver qui dévore la vie tout autour, une feuille à la fois. Et dans cette mort imminente, il y a de la beauté. Partout. J’en suis ivre. Je me couche dans les feuilles avec mon gros parka « bleu marine pas nice ». Je regarde l’échantillon Prismacolor des teintes de nuages (gris suave, gris grognon, gris argent de poche) qui défilent dans le vent gonflé d’orgueil.

Et ça y est. Le petit gars a envie d’écrire. Envie de décrire cette beauté-là, substantielle, faite d’incompréhensible et de sensible. Envie de s’ouvrir au monde. Non, de l’accueillir plutôt. C’est ça, l’accueillir. Le lire, aussi. Manger des livres, tacher des pages, avaler des montagnes.

Toujours, l’automne me ramène au plaisir d’écrire et à ses ramifications physiques : les mots qu’on lit, les paysages qu’on vit.

On grimpe le Mont Wright, à Stoneham, suivi, repu de liberté, d’un chocolat chaud, d’une couvarte (en polar #sivousplaît) et d’un bon roman. Le moment de s’arrêter, alors que la nature fait tout mourir. Le moment de s’en affranchir.

Vous pouvez dire que j’suis con (lire : quétaine). Soit. Mais je vous en supplie, allez prendre une marche, de nuit, le long de la rivière Saint-Charles. Admirez votre ville d’en bas, les silhouettes nacrées des buildings, les reflets argentés sur l’eau calme, les arbres qui s’y tiennent, droits et fiers, comme des popsicles émaillés. Pis essayez d’avoir ne serait-ce que l’embryon du désir d’en rire. Comme si ce n’était rien.

Parce que c’est là, à ce fucking moment-là, que vous vivrez pleinement votre solitude. Celle dans laquelle vous êtes nés, éjectés dans les cris et les larmes. Celle-là même où vous finirez, étuvés, à la fin. On l’oublie souvent : ya que la nostalgie d’automne pour vous faire ça. Et vous faire demander, bin profond dans votre intérieur, pourquoi?

La vie, là. Pourquoi?

Prendre conscience de ce qui expire, c’est prendre conscience de ce qui est fragile. De ce qui importe. Et ce qui importe, mesemble, c’est pas Occupation Double, pas ces bulletins télévisés pré-mâchées de médiocrité qui ne sont là que pour combler un vide végétatif dans lequel seul notre cul se complaît. Non. La vie, c’est offrir quelque chose à notre âme et à nos sens.

Comme se trouver. Pis foncer.

Heille, que j’en vois un me dire que la vie, c’est l’art de se donner du temps. Se donner du temps (L-O-L-E). Aimer, vous voulez dire. Aimer, c’est ça, la foutue clé, celle que Père Fouras cachait on ne veut pas savoir où. Lorsqu’on aime, il n’y a plus de temps.

Qui a le temps de tomber amoureux? De lire une histoire à ses enfants? (ben non, kessé je dis là, de FAIRE des enfants?) D’apprendre à jouer d’un instrument?

Personne à le temps.

Parce que ça file, du temps, ça passe entre les doigts. C’est pas une denrée que t’achètes au supermarché, toi, l’homme consommateur sans religion, qui a vendu son ciel pour Star Système et 20 000 sortes de cannes de thon.

On aurais-tu perdu le sens de l’existence, genre?

L’esprit butineur d’été se fait aller l’machin n’importe où. Puis octobre arrive. Et on pense à tout ça. Tsé, que la Terre sur laquelle on vit est belle. Que ça vaut la peine. D’être passionné. D’aimer aussi.

Enfin, je crois.

P

12 commentaires pour “La chronique du mois d’octobre”

  1. magnifique photo !

    Maryon

  2. Wow Pat j’adore, tellement plein de sens xxx

  3. Texte et photos magnifiques!!! Ça fait du bien en ces jours gris

  4. Wow Pat, ta plume et tes photos nous font apprécier l’automne.

  5. J’aime. Les photos, les mots, tout est parfait.

  6. Magnifique texte Pat…

  7. suzanne lemieux 1 octobre 2010 à 13 h 54

    avec tout ces lumineuses photos et inspirantes ecritures ,cela eveille en moi une fort envie d ecrire.
    merci a toi.bravo.suzanne

  8. Toi et moi, c’est pour la vie :) xx

  9. Patrice Plante 3 octobre 2010 à 19 h 52

    Gang, vraiment, merci pour vos commentaires.

    Bon mois d’octobre, tirez-en le meilleur! Et abusez de vos passions!

    P

  10. Bravo pour ce site…vous êtes très professionnels et plein de talent et plein de poésie…je fais connaître votre site à plein de monde…BRAVO!!!

  11. Merci de m’avoir fait lever à 4h du matin pour aller prendre ces photos; j’avais presque oublié à quelle point Québec est calme et paisible aux petites heures, et à quelle point l’automne sent bon :)

  12. WOWWWWW C VRAIMENT MAGNIFIQUE CE QUE TA ECRIE LE COUZINN :)