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Dis-moi ce que tu écoutes et je te dirai qui tu es

Dis-moi ce que tu écoutes et je te dirai qui tu es


Photos: Marie-Claire De Blois

Pour adoucir le mal matinal, j’avoue avoir commencé cette journée par un fixe. M’injecter une dose de Rolling Stone agrémenté de deux œufs, bacons et petites patates fut grossièrement bon pour le rythme de mes hanches et le cholestérol coulant dans mes artères. Du moins, j’avais un plaisir dément, des orifices buccaux et auditifs. En cet avant-midi automnal, écouter du vieux et manger de la « scrap » était la solution. Revenir aux bases. Ouvrir le robinet du dernier siècle musical et griller la nourriture provenant de la ferme. Mal de tête brutal. Cette situation était la mienne.

Les Stones m’accompagneront…

La shop, l’école, le bureau, chaque matin, nous lancent vers nos lieux de besogne. Tous et toutes avec nos petits problèmes, avec notre mal ou notre bonheur personnel, encore endormis, avec les crottes dans le coin de nos yeux, nous allons naviguer.

Plaçant le côté droit et le côté gauche dans chaque oreille, nous fonçons. Comme des centaines d’autres individus, nous nous cloîtrons dans l’univers sonore. Pour certain, le FM est la première option. Pour d’autres, les meilleurs « singles » du dernier mois, les vieux classiques de leur jeunesse ou un choix bien précis de trames sélectionné dans notre bibliothèque iTunes viendront meubler le vide, souvent trop court

Ce rituel, joue un rôle bien concret dans l’esprit des personnes en recherche d’une solitude momentanée, alors qu’ils se retrouvent entourés de centaines d’individus grouillants dans tous les sens.

À cet instant, nous souhaitons ne reconnaître personne dans l’autobus… Notre minute d’individualisme assumé. Parce que bien sûr, le reste du temps, on se sort la tête du sable. Nous sommes des êtres si sociaux.

Peu importe. Ce moment se brise toujours. Malgré le désir contraire.

Par exemple, je rentre dans l’autobus, Times Is On My Side (Rolling Stones) glisse sur mes tympans. Je passe une numérisation visuelle des lieux. Il y a un banc de vide au fond du bus. Parfait. En plus, je pourrai apposer ma tête sur la vitre. Et là, je relaxe. Pas de transfert. D’un point à l’autre, je resterai le cul bien posé à cet endroit.

Trois arrêts plus tard, une connaissance rentre dans l’autobus. J’aime bien cette personne, mais là, je me passerai bien cet amour… Je n’ai pas le goût de parler. J’aime trop ce moment de solitude pour oser laisser quelqu’un, aussi gentil soit-il, me l’enlever. J’aime mieux penser à quelqu’un d’autre. J’étais bien. Or, je décide de faire semblant de dormir.

Quoi? Un mensonge n’a jamais tué personne.

Cette tactique fonctionne à tout coup.

Le problème, c’est que cette personne débarque au même endroit que moi. Je devrais donc l’affronter.

Je vous entends dire : « il est dont ben pas sympathique ce gars-là ». Je vous arrête tout de suite, car je sais que vous vous reconnaissez aussi dans cette histoire.

Premier malaise

Bref, nous sortons. Il y a, bien sûr, ce moment d’hésitation pour retirer mes écouteurs, mais bon. Sympathique comme je suis.

Deuxième malaise

Dès la première seconde où j’ai enlevé l’écouteur droit de mon oreille, la question était lancée.

-       Qu’est que tu écoutes?

Vous voyez! Cette fameuse question qui porte à croire à une simple introduction entrainant un fil conducteur à une conversation. Mais, non, c’est beaucoup plus que ça.

Je lui réponds que j’écoute les Rolling Stones et lui, de me répondre par son langage corporel. Une face qui me fixe comme si j’étais un extraterrestre ou comme si je sortais d’un vieux grenier rempli de poussière et que je sentais la vieille chaussette sale. Je vous jure, il avait la gueule à Mick Jagger.

Troisième malaise

Certainement, il ne pouvait pas s’arrêter là. Donc, il enchaîne avec la fameuse question à deux « piastres ». Il me demande si j’ai écouté le dernier d’un tel ainsi que cet album d’un autre.

-       Non.

-       Pourquoi?

-       Je n’ai pas pris le temps.

-       Mais tu as le temps d’écouter les Rolling Stones?

-       Oui.

-       Mais tu es chroniqueur musical.

-       Comment t’as fait pour deviner?

Voilà la réflexion de quelqu’un qui n’a rien compris.

Pourquoi vouloir tout connaître si vite au détriment de ce qui nous fait réellement vibrer? J’aime découvrir, mais pas à n’importe quel prix.

Les nouvelles technologies nous permettent de parcourir le monde musical formidable. L’instantanéité est certes un plus, qui, malheureusement désagrège notre façon de consommer le délice musical. Nous sommes submergés de nouveauté chaque semaine, chaque jour et chaque minute. Mais ne sommes-nous pas sur le point d’oublier l’intérêt même de la musique? La qualité et l’identification qui s’extirpent de cette forme d’attraction.

Alors, prônons la consommation délectable! L’écoute d’un disque à répétition durant des mois! La découverte sélective. La connaissance des vieux classiques. Arrêtons de s’obliger à tout connaître pour se sentir plus « Hipstmarde ». De toute manière, c’est impossible.

Trop « mainstream », trop « underground », trop pop, trop « trash », au fait, on s’en fou?

Alors, lorsque vous croisez quelqu’un, dans la rue, qui écoute de la musique, vous n’avez qu’à sourire. Observer là. Ne perdez pas de temps à vous demander ce que ses oreilles entendent. Observez son moment. Il est à elle. Ne la dérangez pas, elle vit son instant, elle goûte sa musique.

Si vous êtes jaloux, c’est simple, faites de même. Québec t’aime vous encourage.

Nico.

Les trois meilleurs spots pour écouter votre musique en paix

  • Parc des remparts le soir (parce que c’est vrai que c’est le fun);
  • La promenade Samuel-de-Champlain;
  • En posant son derrière aux Bois de Coulonge.
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4 commentaires pour “Dis-moi ce que tu écoutes et je te dirai qui tu es”

  1. Merci, Nicolas. Tu m’as convaincu d’arrêter d’avoir honte d’écouter encore un vieil album de Malajube. Au moins, je me satisfais de savoir que j’étais né quand c’est sorti. Les Rolling Stones, come on ! ;-)

  2. Merci tellement! Je me suis reconnu a tout pleins d’endroits!

  3. Anne Lamoureux 1 octobre 2010 à 20 h 33

    @ Yanick: Malajube, c’est mon groupe le plusse préféré au monde! Jamais je pourrais avoir honte de les écouter!

    @ Nico: tu as tellement raison! Pourquoi vouloir juste écouter la musique qui est « in »… DÉCOUVREZ LES AMIS!! Et surtout… découvrez donc ce qui se fait de bon autour de vous. D’excellents groupes québécois ne passeront probablement jamais à la radio… mais méritent vraiment d’être écoutés!

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