C’est la faute à Métro
Le lac est calme, lové au creux d’un cerceau verdoyant de pins. Le cri d’un huard assomme la lourdeur du silence. À travers l’eau boueuse, de jaunes rubans de lumière, là où ma ligne se perd dans les bas-fond d’un monde inconnu. Mythique. On s’entend respirer. Les bois m’avalent de solitude. Le temps n’a plus de durée. Ma montre s’est oubliée, et avec elle tous mes besoins de civilité.
Un coup sec me rappelle que le vie grouille, sous la chaloupe. J’extirpe des eaux ma proie gigotante. Son corps élastique et musclé et lisse me gorge d’admiration pour notre monde, pour notre coin de pays. Une félicité m’envahit, m’aspire à la base. Oui, la base, la grosse survie sale. Pêcher pour se nourrir. Pour s’insuffler d’une certaine essence, celle qu’on a perdu au Métro, autrefois, entre deux racks de bâtonnets de poisson du capitaine High Liner.
C’est bien beau, la modernité, le Web, notre iPhone, le confort de matelas dauphin (c’est tu juste moi qui ne comprend pas le lien entre « skippy » et un sommeil réussi?). Oui, c’est beau, de ne pas avoir à se préoccuper de l’eau, de simplement aller chercher son repas congelé, tout préparé, et de le sacrer dans l’micro.
Tabarnaque que c’est facile, la facilité.
A-t-on troqué le contact avec les réalités simples de notre monde parce qu’elles ne fittaient pas dans 140 caractères?
Si vous avez déjà pêché, ou si vous n’y allez qu’une seule petite fois, alors peut-être, je dis bien peut-être, que vous allez catcher. Le poisson que vous ferez cuire avec de l’oignon et du beurre ne sera plus anonyme comme la darne de saumon de l’épicerie. Ce sera le vôtre. Votre poisson. Votre pêche. Votre histoire.
Et c’est spécial, ça, c’est indescriptible, fier, orgueilleux. Ça pourrait vous donner le goût de faire pousser votre propre jardin, ou de passer une journée à cueillir vos pommes. Oui, vraiment, je crois que ça pourrait vous le donner.
C’est peut-être pas la faute du Métro, non. C’est notre faute. Notre faute si l’on va «tinker» à l’épicerie pour ensuite considérer notre bouffe comme du simple carburant.
Enfant, je chignais lorsque papa m’amenait à la pêche. La marche, la pluie sur mon visage, la boue dans mes bottes, les vers qui se tortillaient sur l’hameçon en chatouillant mes doigts boudinés. Dans le fond, je voulais juste retourner au sous-sol jouer au Playstation. Je désirais m’enivrer de facilité, de superficialité. Je voulais manger du macaroni, parce que Kraft était mieux «brandé», plus cool, le Kanye West du fast-food, comparé à ce flasque poisson de la Sépaq qui pue.
D’accord, peut-être que ce billet ne va nulle part.
Peut-être qu’il n’est là que pour vous faire réaliser les merveilles qui se cachent autour de notre ville, autour de ce geste simple qui nous ramène aux fondations de notre nature humaine.
Et peut-être tout simplement parce qu’il m’aura permis de vous raconter une histoire, une simple histoire de pêche, dont l’hameçon s’accroche aux origines de la Terre.
P
Où?
Pour savoir où pêcher cet automne, vous pourrez trouver une carte avec 119 points de pêche, chez Latulippe (rue Saint-Vallier). Sinon, essayez la rivière Sainte-Catherine et la Chaudière.
Avec qui?
Idéalement pas Anne-Marie Losique.
Quoi faire avec?
Écoeuré de cuisiner votre truite en papillote avec du beurre et de l’oignon? Qu’à cela ne tienne (haha clin d’oeil à l’Épicerie). D’abord, faites cuire votre truite (sur le grill, dans un poêlon, comme vous voulez), et parer-la en morceaux. Prenez une gousse de vanille, tranchez-la en deux sur la longueur et faites-la infuser dans une poêle avec de l’huile. Ajoutez de l’écorce d’orange et des oignons rouges hachés finement. Servir sur vos pâtes préférées (avec eau de cuisson svp) ou sur des lentilles.





Salut Patrice ! Bonne rentrée ! Ton article me fait penser à signaler un rapport de Greenpeace sur les aliments de la mer paru en juin (http://www.greenpeace.org/canada//mersousinventaire) : si vous n’allez pas à la pêche (comme moi!), sachez au moins quoi (ne pas) acheter au Métro !
A+!
Tu as bien raison…je pense qu’on a une couple de sujet de conversation en commum. En plus je pense que mon sens du goûter et relié par quelque mistique lien avec mon sens de la fierté parce que lorsqu’il nous est impossible d’aller à la pêche et que nous mangeons le poisson de l’épicerie…maudit qui goute fade =(. Je vais essayer ta recette!