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La mort du guerrier

La mort du guerrier


Lorsque j’étais tout jeune, je me levais devant les grosses sociétés multinationales qui venaient s’installer à Québec. Je criais au meurtre. Je brandissais mes pancartes hautes dans le ciel en participant aux manifestations antimondialisation. J’étais un adolescent qui pensait pouvoir changer le monde à l’aide de slogans. Le mal du gros et le mal des choses qui chatouillent l’identité. Protester pour s’affirmer.

Une douleur profonde, car ces grosses compagnies internationales sont venues, parfois, faire très mal à notre industrie locale et à notre patrimoine. Avec le temps, il m’est arrivé ce que je m’étais promis qu’il ne m’arriverait jamais : je me suis menti à moi-même, car je suis devenu un acteur de ce changement. Je me suis assagi en étant moins radical. Aujourd’hui, je réfléchis beaucoup plus avant d’agir et d’être implacable sur mes idéaux. J’observe et j’écoute avant de crier, car chaque idée, chaque nouveauté méritent réflexion et parfois des compromis. Par contre, qu’en est-il lorsque nous sommes emprisonnés d’un changement qui nous peine, mais dont nous sommes coupables, car il est inévitable? Malgré les tangentes prises par chaque personne et malgré nos envies de critiquer ce changement, nous l’avons déclenché…

Du magasin de disque au 2.0

Cette mutation, c’est la dérive de l’industrie du disque. Une nouvelle direction dans notre façon de consommer la musique qui fait mal à plusieurs disquaires indépendants de la région. Ceux-ci sont « plogués » sur le respirateur artificiel. Pour l’un des grands, le débranchement est fait et il ne lui reste que quelques jours avant qu’il laisse sortir son dernier souffle. Le disquaire Musique du Faubourg fermera ses portes l’automne prochain. La boutique de disque neuf et usagé du quartier Saint-Jean Baptiste n’est plus capable d’être rentable, et ce, malgré le petit engouement des dernières années qu’il y a pour le vinyle. Son propriétaire Stéphane Laroque ne pourrait plus payer ses employés et travaillerait comme bénévole depuis trop longtemps dans son propre commerce.

L’une des causes de la défaillance de cette boutique située au 623 rue St-Jean serait que la clientèle des environs ne semble plus avoir les moyens de débourser de l’argent pour des disques dans un établissement semblable. Un endroit où il était possible d’y retrouver toute sorte de musique de rêve. S’ils cherchaient des classiques de la musique rock, métal ou progressif, c’est chez Musique du Faubourg que les connaisseurs avaient l’habitude d’aller.

Les temps ont changé

Bien sûr, le téléchargement de fichier est en partie responsable de la chute des disquaires, mais aussi de l’appauvrissement des groupes émergents. Le réel problème que vit Musique du Faubourg, c’est qu’il est maintenant possible, grâce au Web, d’acheter directement les disques du distributeur comme Amazon. Alors, ceux qui aiment l’objet musique, peuvent passer outre le commerçant et acheter à des prix imbattables la chose tant convoitée. En plus, nous pouvons faire tout cela sans lever notre gros derrière de notre gros divan placé devant notre gros écran d’ordinateur. Deux ou trois clics de souris et les paquets sont livrés à la porte de notre grosse maison. Est-ce de la lâcheté, ou simplement un redressement par rapport aux nouvelles technologies?

Soyons francs, qui achètent encore ses disques dans les magasins indépendants? Parfois, moi… D’autres fois, vous… Régulièrement? Jamais. Reste qu’il faut choisir parmi la troupe qui règne en ville. Mais encore, je m’avoue coupable d’un autre crime, car je suis un adepte du 2.0 et de ses facilités. J’aime acheter directement sur les sites des groupes pour les encourager de façon concrète. J’aime aussi le iTunes Store. Pourquoi? Parce qu’il est possible d’y trouver le disque le plus obscur, rapidement et à un prix abordable.

Sérieusement, je suis vraiment triste qu’un établissement comme Musique du Faubourg disparaisse. Je prends cet espace médiatique pour leur rendre hommage et les remercier du travail impeccable qu’ils ont effectué durant toutes ces merveilleuses années. Cependant, il est peut-être temps de passer le flambeau.

Nous avons le droit de critiquer les transformations qui agissent en ce moment à l’intérieur de l’industrie du disque. En conséquence, ce milieu risque de disparaître tout comme certains passionnés que représentait si bien Musique du Faubourg. Aujourd’hui, la musique est abondante et très facile d’accès. Or, je peux découvrir un groupe qui provient du Japon et avoir leur disque 30 secondes plus tard. Parfois gratuitement, d’autres fois de manière peu dispendieuse. Pour survivre, les commerçants devront s’ajuster, tout comme les artisans de la musique en général. Bientôt, c’est un nouveau visage qu’aura l’industrie de la musique et la ville de Québec commence, qu’il soit bien ou mal, à suivre cette parade numérique. La musique ne disparaîtra jamais, ce sont ses structures qui bougent. Pourquoi pas?

Salut Musique du Faubourg.

Nico

Allez y faire un dernier tour de piste

623, rue Saint-Jean
Québec (Québec)
(418) 529-4848 (tél.)
(418) 529-4848 (fax)
info@musiquedufaubourg.com

Proposition de la semaine :

  1. Forced to love/Forgiveness Rock Record/Broken Social Scene
  2. Modern Man/The Suburbs/Arcade Fire
  3. Ave Mucho/Golden Bombay/Misteur Valaire

crédit photo: Charles Brassard

2 commentaires pour “La mort du guerrier”

  1. Ça m’attriste beaucoup, cette fermeture. Je travaille dans le milieu, chez un disquaire du même quartier, et nous sommes inquiets de l’avenir du disque à cause de ce foutu 2.0 pourtant bien utile. Pour moi, y’a rien comme avoir le matériel à la maison. Honnêtement, cela doit faire au moins cinq ans que je n’ai rien téléchargé, que tous mes achats (sauf importations plus compliquées) se font en magasin. Et je continue de découvrir quand même, peut-être moins rapidement qu’en achetant sur iTunes Store, mais tout autant efficacement. « Salut Musique du Faubourg! »

  2. C’est d’autant plus triste que les magasins comme Musique du Faubourg n’offraient pas seulement que de la bonne musique, mais aussi, de belles découvertes grace aux employés et propriétaire, passionnés de musique qui savaient cibler des albums tout à fait dans le ton de ce que nous cherchions. Example, tu achetes un cd D’Hendrix, on te propose de découvrir par le fait même Roy Buchanan, guitariste peu connu, mais O-combien appréciable lorsque l’on aime le son et l’attitude Hendrix. Que dire des bands obscure funk des années 70, essaie pas de trouver ça chez HMV (On peut te le commander au gros prix, ca va prendre 3 semaines, tu devras venir le chercher…)

    C’est pas Amazon ni les employés de chez HMV, Archambault et autres grosses boites du genre qui peuvent se vanter de pouvoir en faire autant. Rare sont les disquaires qui pourraient facilement être qualifié d’anthropologue de la musique.

    La musique passionne et la passion se transmet en discussion. Stéphane de Musique du Faubourg est un gars Honête et passionné de musique avec qui j’ai eu de très bonnes discussions et qui m’a fait découvrir parmis les meilleurs albums de ma bibliothèque. Ça va manquer à la ville une boutique du genre. C’était le seul vrai connaisseur de musique qui avait pas un air bête désabusé qui pouvait réellement se venter d’être un disquaire de quartier.

    Dommage, pour moi, dommage pour vous.

    God bless you Steph !

    Fred Jourdain