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Coup de « luck »

Coup de « luck »


Il y a quelques semaines, j’ai appris que Michel Falardeau, auteur et dessinateur de Mertownville, une bande dessinée que j’affectionne particulièrement, sortait un nouvel album édité chez Dargaud, en France. J’en ai donc profité pour le rencontrer et lui poser quelques questions. Michel a fait ses études à Sainte-Foy et travaille depuis à Québec.

Première question (classique, mais bon!) : Quand as-tu su que tu voulais faire de la bande dessinée?

Dès l’âge de 6 ans, je savais que c’était ce que je voulais faire de ma vie. Ce n’est qu’à 22 ans par contre que je me suis vraiment assis pour tenter de créer quelque chose, mais ça n’a pas abouti. Je savais déjà à cet âge-là qu’un jour, je serais capable, mais je n’avais pas encore la discipline requise.

Comment est-ce que ta carrière a vraiment commencé?

J’ai commencé par faire un projet en « strips » (petites bandes de 3 ou 4 cases, pensez Garfield), pour m’habituer à raconter des histoires. C’est comme ça que Rocky Rocket est né. Le projet était supposé être édité en France mais malheureusement, ça ne s’est pas concrétisé et Rocky Rocket est maintenant disponible sur mon blog.

Le « Web Comic » est donc un format qui t’intéresse?

Oui et non. Le problème est que je vis de la BD et bien que le format soit viable, les revenus réels ne viennent que bien plus tard avec le « Web Comic ». Ce serait donc suicidaire de me lancer sans réellement savoir si ça va fonctionner. Je me suis lancé tête première dans la BD et j’ai tout de suite voulu en vivre. Beaucoup de gens dessinent de soir et ont un emploi de jour. Quand j’ai commencé, je n’avais pas la maturité nécessaire pour ce genre de vie.

Donc après Rocky Rocket, il y a eu Mertownville, publié chez Paquet. Comment cela s’est-il concrétisé?

C’est assez drôle. J’avais envoyé le projet à presque toutes les maisons d’édition sauf Paquet. À l’époque, ils étaient presque les seuls qui fonctionnaient par courrier électronique et je les avais oubliés. Lorsque je m’en suis rendu compte, je leur ai envoyé le projet et un peu plus d’une semaine plus tard, le contrat était signé.

Mertownville a un look un peu manga. En es-tu friand? Quelles sont tes influences en bande dessinée?

Eh bien, tous les dessins animés de ma jeunesse étaient japonais, Goldorak, Albator, Astro, etc. J’ai donc grandi là-dedans. Je crois par contre que l’on m’associe beaucoup au manga parce que je viens du domaine du dessin animé. Il y a donc peut-être une fluidité dans la façon dont je présente mon story-board. J’essaie aussi de mettre l’accent sur le design de mes personnages. C’est un peu moins exploité en général dans la BD Franco-Belge. Tintin a un toupet et Spirou un uniforme mais en général, les personnages ne sont pas iconiques comme ceux des Japonais. Dans le manga, une très grande attention est donnée au design des costumes et des accessoires des personnages qui réussissent à donner une personnalité à leur propriétaire. C’est ce que j’essaie de faire. Le costume « d’Albator » de Lydia dans Mertownville en est un exemple.

Du premier album de Mertownville au troisième, le style a aussi changé. On voit des lignes de moins en moins claires et beaucoup plus de hachures. Cette évolution était-elle volontaire pour accommoder l’histoire ou simplement l’évolution de ton style personnel?

L’encrage de Mertownville me faisait sacrer. Ce n’est qu’après avoir rencontré Jean-Louis Tripp (de Magasin Général) et qu’il ai analysé mes dessins que j’ai réalisé que je ne savais pas encrer. C’est vraiment l’évolution de mon encrage. Jean-Louis m’a fait réalisé que je devais revenir à un style plus « ligne pure » et le maîtriser avant de pouvoir revenir à mon style plus « crayonné ».

Mertownville se termine en laissant plusieurs questions en suspens. Peut-on espérer un deuxième cycle éventuellement?

Malheureusement non. L’éditeur m’a fait savoir après les deux premiers albums que la série se terminerait en trois. Voilà la raison pour laquelle tout n’a pas pu être expliqué. J’ai tenté d’en mettre le plus possible dans le dernier tome. Les deux premiers sont presque une introduction et malheureusement, l’histoire n’aura pas pu prendre un bon air d’aller.

Après Mertownville, nous avons vu de toi une petite BD dans le deuxième tome du collectif Le Front, Anasticia. Comment en es-tu venu à travailler avec eux?

Anastacia n’avait même pas été créé pour Le Front. C’était un projet que je voulais envoyer aux éditeurs et j’ai été approché par Le Front qui demandait un « douze pages ». Anastacia était déjà faite donc je leur ai envoyée. Au départ, Dargaud voulait Anastacia mais nous avions des différends sur la tournure que prendrait l’histoire, alors de fil en aiguille, le projet a été mis de côté et remplacé par Luck. C’est pourquoi il a été édité. Le projet du Front n’est pas abandonné, mais il est en train d’être négocié au moment ou l’on se parle. Il a beaucoup changé depuis le début. Il n’en reste que le nom, ou presque.

Parlons maintenant de ton nouvel album qui sortira à la fin de l’été : Luck. Qu’est-ce que tu peux nous en dire?

Luck est un album de 126 pages (le format Européen régulier en comporte 46) . C’est l’histoire de Luck, un jeune homme troublé qui a de la difficulté à agir comme un adulte. Il est amateur de graffitis et il va être amené à participer à une compétition. Du jour au lendemain, la vie lui sourit et il va grandir à travers ça. C’est un mélange de récit intimiste et de récit d’action. L’histoire se tient toute seule. La possibilité d’une suite est bien là, mais l’histoire contenue dans l’album a une fin.

Lydia, Anastacia et maintenant Luck, tes personnages semblent souvent être des jeunes se cherchant un peu. Serait-ce autobiographique?

Je crois que j’ai peut-être voulu terminer d’exploiter les thèmes que j’avais commencés à aborder avec Mertownville. Pour ce qui est de l’adolescent qui se cherche, en viellissant, je crois que je commence tranquillement à m’en éloigner. Luck trouve sa voie, sa vie s’organise.

Changeons un peu de sujet. Comment décrirais-tu le travail en BD à Québec?

Il y a quand même une communauté et les jeudis de la BD où les créateurs dînent ensemble. Ces temps-ci, je suis plus dans mes petites affaires. Maintenant, avec Internet, tout est quand même facile. Les éditeurs sont en Europe, mais je crois que la distance m’avantage. Je suis plus précis par écrit que face à face.

Envisages-tu de partir de Québec pour te rapprocher du marché européen?

Pas du tout! Je suis bien à Québec. Peut-être un séjour de six mois pour faire un album mais sans plus.

Gardez donc les yeux ouverts pour Luck qui va arriver en librairie, quelque part début septembre. En attendant, allez découvrir l’œuvre de Michel sur son blog ou visitez votre bibliothèque et lisez les trois tomes de Mertownville.

Blog de Michel Falardeau

2 commentaires pour “Coup de « luck »”

  1. très intéressant Max, merci de nous faire découvrir!

  2. Patrice Plante 29 juin 2010 à 15 h 58

    En effet, merci Max! Ce bédéiste a un immense talent! J’adore!