R.I.P Chez Phil…
COLLABORATION SPÉCIALE QUÉBEC T’AIME. AUTEUR : MATHIEU HUDON
Le texte suivant m’a été soumis par un de mes bons amis, Mathieu Hudon. Math (comme il le dit lui-même dans son texte) est tombé à la bonne place, au bon moment. L’endroit dont il parle est un lieu plein de souvenirs pour moi et la missive elle-même est bien écrite. Alors voici sans plus de préambules, une élégie à la Taverne chez Phil (renommée il y a quelques années le Colisée chez Phil), ancien lieu de rencontre de beaucoup de jeunes amateurs de sports de Québec ayant malheureusement dû fermer ses portes récemment.
17h00…
Besoin de margarine pour les patates pillées et je dois passer chez Brunet pour une lettre ou un colis reçu. « Pas de colis ou de lettre, reviens demain, je ne reçois plus rien moi après 5h », me répond la préposée.
En revenant sur mes pas pour le IGA, je m’arrête devant ce que nous tous connaissons sous le nom de LA TAVERNE CHEZ PHIL. Aucune lumière à l’intérieur mais en me penchant un peu plus, j’y vois 4 gars (dont le proprio) assis en demi-cercle devant l’entrée, excellente raison pour demander ce qui advenait de la place.
« J’peux-tu t’aider mon homme? Parce que c’est fermé comme tu peux voir… »
Celui qui me dit ça, c’est Gilles, le proprio.
« Non ça va. En fait, je passais devant et je voulais savoir ce qui se passait avec la place parce qu’on est une gang qui venait ici voir les games et puis on a appris la nouvelle mais sans rien savoir.
- Ton nom c’est quoi?
- Mathieu.
- Good. Assieds-toi, j’vas te compter ça…
- Pas vraiment le temps, ma blonde m’attend pour de la margarine pis… »
C’est la que j’me fais couper par le gars à ma droite.
« Mais là toé Gilles, tu me le dis pas si tu veux mais… une fois toute vendu il te reste combien dans tes poches?
- Rien mon chum, répond Gilles. C’est justement la raison pourquoi ça fait 1 an et demi que je cherche un acheteur. (Il se retourne pour me parler). J’suis pu de taille. Y’a trop de joueurs pis j’suis plus dans la game pentoute. Pour continuer à vivre ici, fallait que je fasse un chiffre de 1000.00$ par jour pis j’suis loin de ça. La clientèle de jour ne se renouvelle pas, elle meure. Les jeunes qui viennent le soir, eux, pour la plupart « startent » la soirée à la maison pis ils passent ici 15-20 minutes « caller » un pot à 5.00$ pour aller en flamber 200.00$ en ville. Tandis qu’ici, ta soirée aurait coûté gros top 25.00 $ : 3 pots à 5.00$ pis 1 pizza à 6$, cuite pis servie en plus! »
Le gars à ma gauche :
« Ah ouin ta face me dit de quoi, tu venais avec du monde pour voir la game! »
À ce moment-là, je me suis dit à moi-même, bin oui… au nombre de gars qui viennent voir la game tu te rappelles de moi. Et c’est là que la gueule m’est littéralement tombée.
« T’arrivais avec une fille souvent (Doum bien-sûr) pis Martin te startait une pizz! »
Il était chaud mais finalement pas fou parce qu’en effet, c’était bien moi!
« J’suis content d’entendre ça, donnes-y une bière, lui a lancé Gilles. Prends-en au moins une mon homme!
- Pas le choix, ai-je répondu en la débouchant.
- Comme je disais, c’est supposé être un bureau de psychologues qui s’en vient ici, ça fait 1 an et demi que je voulais vendre mais personne ne voulait me donner le prix que je voulais. Le monde venait me voir pis me donnait 300-350 000.00$, moi j’allais pas en-bas de 400 000.00$. Finalement, j’ai fini par vendre mais pas tout à fait au prix que je voulais. En attendant j’ai essayé bin des affaires pour que ça marche, j’ai changé le nom de la place une couple de fois pis j’ai mis une belle pancarte dehors avec une patinoire, pour faire savoir que y’avait du hockey icitte! »
Pendant que ma Molson Dry descendait, j’écoutais les gars parler. Ils ont perdu de quoi de gros et ça se sent, surtout pour celui assis à gauche de Gilles, qui n’a pas parlé beaucoup encore depuis mon arrivée à part pour pousser quelques « C’est vrai! » de temps en temps. C’est à ce moment-là qu’il a dit cette phrase-là :
« Moi là, ça fait 30 ans que je viens icitte. Au début je venais avec mon père. Après ça, j’ai continué de venir avant mes shifts de taxi ou après, des fois les deux.
- C’est vrai ça, dit Gilles, moi ça fait 12 ans que je le connais pis c’est à cause de son taxi. C’est le fun de savoir que des jeunes comme toi aimaient ça icitte!
- On avait même pensé faire une dernière grosse soirée, que je lui ai répondu, mais là, yé trop tard ça l’air!
- Ça aurait été le fun voir le monde comme vous autres. Merci d’y avoir pensé mon homme mais tout ça a été vraiment vite. J’ai vendu pis pas longtemps après on commençait à ramasser le stock. »
Mon cellulaire sonne, c’est Doum qui me demande quand est-ce que j’arrive avec la margarine. Après tout, c’est vrai que ça fait une demie-heure que je suis parti! Je cale ma dernière gorgée de ma dernière bière Chez Phil (mais ça, je ne l’ai réalisé que dans mon auto).
« J’dois y aller moi les gars (ça a sorti tout seul, « les gars », comme si je les connaissais depuis 20 ans) les patates attendent la margarine! Merci Gilles pour les belles années, lui dis-je en lui serrant la main, pis merci pour la bière.
- Y’a rien là mon homme, merci à toi d’être venu pis la bière c’est pas moi c’est lui », me dit le proprio en me pointant le gars à ma gauche.
Je serre la main des 3 autres fidèles et me dirige dans ma voiture. Je me repasse le moment dans ma tête en me disant que j’allais écrire ce texte-là mais aussi tout conter à ma blonde et lui faire comprendre l’importance du moment que je venais de vivre.
Je vous jure sur n’importe quoi (la tête à Doum, celle de mes parents ou grands-parents), tout ce que j’ai écrit ici, c’est vraiment ce qui s’est dit et produit, à quelques mots près. Ce moment-là est maintenant gravé dans ma mémoire et je voulais vous le faire vivre à vous aussi.
Mathieu
Crédit photo : Jean Cazes




wowww math… c’est vraiment touchant de voir ca……pis ya pas juste lui qui vie des choses comme ca combien de ti bars ont fermé pcq le monde veulent se sentir hot daller veiller en ville mais ya rien de mieux qun ti bar sportif de meme…..
Wais dans le fond, si tu veux que ta business survive, vend tes drinks chers, ça fait « cool ».
Vraiment Math, un article très touchant, merci de ta collabo!
Étant moi-même dans la «business», il devient, en effet, de plus en plus difficile d’avoir des clients versus des consommateurs.
Client: personne plus ou moins fidèle qui frèquente ton établissement parce qu’il ou elle aime le produit dans son ensemble.
Consommateur: personne qui se «crisse» radicalement de toi et de ton produit et qui est seulement dans ton établissement parce que le spécial du moment est cool et que le momentum est comme ca. Le momentum change est tu les revois plus jamais.
Merci pour ta collabo.
Merci à tous !