Rencontre avec Yan Bouchard
Comme plusieurs personnes œuvrant dans l’industrie de l’hôtellerie et de la restauration, ma fin de semaine ne commence pas le vendredi vers 17h00 comme la majorité d’entre vous, mais bel et bien le dimanche soir vers 20h00. Excitation et frénésie du début du weekend : direction le Boudoir pour leurs dimanches « band live » que j’apprécie grandement et que je fréquente depuis déjà plusieurs années. Je suis un client assidu pour différentes raisons : l’ambiance survoltée animée par les différents groupes invités, la Leffe brune, la bouffe (surtout les gyozas et le tartare de saumon) et une cuisine qui ferme relativement tard, ce qui me laisse amplement de temps pour me préparer et me diriger vers la rue Du Parvis dans le Nouvo St-Roch.
Bon ok, on arrête la dentelle; la vraie raison étant la suivante : une dérape monumentale garantie avec une équipe de serveurs ultra sympathiques qui sont devenus, au fil du temps, beaucoup plus que des serveurs, mais bien des amis à part entière.
C’est le cas du gérant, Yan Bouchard, que j’ai appris à connaître suite à nos nombreuses soirées mouvementées qu’on finissaient toujours autour du bar à jaser de la pluie et du beau temps. Je trouvais particulièrement intéressant ses nombreux récits de voyage, de travail, etc… et je me suis dit intérieurement que cela serait fort captivant de l’avoir en entrevue pour Québec t’aime.
Voilà! Entrevue avec Yan Bouchard :
QT- Premièrement, parle-nous de ton parcours dans le monde de la restauration et de l’hôtellerie?
YB- Étrangement, j’ai commencé ma carrière dans le monde de la restauration en tant que portier et non comme barman ou serveur comme la majorité des gens dans ce domaine. Étant jadis un joueur de football, j’avais plus la tête de l’emploi comme portier et mon gabarit m’a ouvert certaines portes. Cette première expérience se déroulait dans le coin de St-Félicien d’où je viens d’ailleurs.
Par la suite, j’ai fait le saut en tant que gérant-barman au bar Le Monkey à la fin des années 90 réalisant que j’étais beaucoup plus à l’aise avec le public que de sortir des gens trop saouls à 3h30 du matin.
Épopée du Monkey terminée, je me suis envolé pour Londres où je me suis déniché un emploi au Royal Commonwealth Club, un club privé qui offrait une sélection de plus de 250 différentes sortes de Scotchs. Plusieurs autres barmans travaillaient avec moi dont un Italien qui avait fait son école de bar avec quelques grands chefs mixologues d’Europe et qui m’a en quelque sorte initié au monde des cocktails. J’ai travaillé dans cet établissement pendant environ 1 an.
Ensuite, j’ai quitté Londres pour me diriger à Édimbourg en Écosse où j’ai entendu parler d’un bar qui allait ouvrir ses portes bientôt, l’Opal Lounge. J’ai tenté ma chance et je me suis retrouvé au vestiaire faute de place, mais en trois jours je me suis déniché une place en arrière du bar. C’est à cet endroit que tout a commencé grâce à ma rencontre avec Chris Langan qui a gagné « UK bartender of the year » et qui m’a pris sous son aile pour me montrer les rudiments du métier. Il m’a donné plusieurs formations de plusieurs heures sur les cocktails, ce qui m’a permis d’être promu comme « cocktails expert » de ce club, et finalement comme « bar lead ».
Vivant à fond ma vie de nomade, je suis retourné travailler comme « cocktails expert » à Londres dans un bar à cocktails et micro-brasserie qui s’appelait le « Mash ». Par contre, je n’y suis resté qu’un mois et demi, le poste n’étant qu’un remplacement de congé de maladie.
Ma vraie vie de barman voyageur a débuté lorsque je me suis retrouvé sur le Yatch of Sea Born et sur le Queen Mary 2. Des bateaux croisières qui m’ont permis de faire le tour du monde et de rencontrer des gens incroyables. J’ai été engagé sur le Queen Mary 2 pour un contrat de 8 mois et demi en tant que « senior bartender » où je gérais un département en entier (discothèque et salle de bal), c’est-à-dire entre 15 et 85 employés. Faire la liste exhaustive des pays que cet emploi m’a permis de visiter serait trop longue et ardue tellement j’ai fait d’endroits.
De retour au pays, j’ai commencé à travailler au Boudoir 6 mois après son ouverture, et cela fait maintenant 5 ans et demi que j’y suis en près de 4 à titre de gérant de l’établissement.
QT- Pour une personne qui n’a jamais visité le Boudoir : ton plat favori? Ta soirée favorite? Ton drink préféré?
YB- Le plat que j’aime le plus vendre est sans contredit le Pavé de saumon poêlé aux épinards, tomates fraîches & coulis de chèvre et pavot bleu. Pourquoi? Parce que c’est juste trop bon, that’s it. J’aime le dimanche parce qu’il y a beaucoup de gens de l’industrie de la restauration et le vibe est super bon : on peut entendre des groupes comme Poptron, Le Comité, les Crackers, Kate and the Feel Good Band et le party lève à tous les coups. En ce qui concerne les drinks, je pense que le Mojito qu’on fait ici est vraiment bon. Il est devenu un incontournable et les filles se doivent d’essayer le « see you later, dater », un cocktail exclusif du Boudoir.
QT- Le Boudoir est réputé pour ses fameux cocktails, explique-nous « qu’est-ce que la mixologie? »
YB- Le mixologue est au bar ce que le chef cuisinier est à la cuisine. La mixologie est donc l’art de créer et d’innover dans le monde des cocktails alcoolisés ou non. Par exemple, ici au Boudoir, j’ai créé plus de 150 cocktails en 5 ans, c’est-à-dire 1 à 2 « cocktails list » par année.
QT- Que préfères-tu : restauration ou night life?
YB – Night life.
QT-Pourquoi?
YB- Parce que tout le monde à un p’tit côté chef cuisinier en lui. Tout le monde devient un peu critique culinaire à ses heures avec leurs opinions bien tranchés sur une méthode de cuisson, un assaisonnement, etc… On a juste à regarder le nombre d’émissions culinaires et de livres de cuisine qui voient le jour dans notre quotidien, c’est incroyable. Le client devient, alors, très difficile à satisfaire. Cette critique n’existe pas vraiment dans le monde des cocktails parce que le client est plus enclin à faire des découvertes et à être épaté, à se laisser guider par son mixologue. De plus, j’aime beaucoup le night life pour son coté festif et informel. La restauration est un monde très formel avec beaucoup plus de protocoles.
QT- Outre le Boudoir, quel est ton resto favori à Québec?
YB- Le Il Matto sur Myrand, parce que c’est beau, bon et pas cher. Une cuisine constante, simple, authentique et qui utilise des ingrédients frais.
QT- Ton magasin préféré à Québec?
YB- Chez Louis Laflamme sur St-Jean.
QT- Ton top 3 des restos dans le monde?
- Marius, Rio de Janeiro, Brésil
- Doval, Montréal, Canada
- Pool and cool, Athènes, Grèce
QT- Quels sont tes clubs favoris dans le monde?
- Super Paradise Mykonos Beach Club, Grèce
- Halikarnas, Bodrum, Turquie
- Ministry of Sound, Londres, Angleterre
- The Angel, Londres, Angleterre
- The Honeycomb, Édimbourg, Écosse
- The Rainbow Room, New York, États-Unis
- Tunnel, New York, États-Unis
QT- Ton top 5 des villes dans le monde à visiter, et pourquoi?
- Édimbourg, pour ses nuits mouvementées et sans fin.
- Istanbul, pour la folie de cette ville.
- Rio, pour son côté « edgy ».
- Ushuaïa, pour la beauté des décors.
- Bergen, pour les soleils de minuit.
QT- Nommes-nous quelques célébrités que tu as eu le plaisir de servir?
YB- J’ai eu la chance de servir plusieurs célébrités grâce à mon expérience sur le Queen Mary 2 et au Royal Commonwealth Club dont : LeBron James, Dany Devito, Beyoncé, Tony Blair, Prince Williams, Hillary Clinton, James Gandolfini, Mike Powell, Allen Iverson, etc…
QT- Merci!
YB- Merci à toi.




vraiment nice comme interview il me manque juste ma job de barman et je part pour 2 ans a faire le tour du monde moi aussi
Effectivement mon Clovis, splendide entrevue! Tes questions sont toutes pertinentes et exposent avec brio le parcours extraordinaire de Yan.
Bravo les gars! J’aime! Et vive Yan! :)
En effet beau travail Clovis! Toujours intéressant! On fera le tour du monde un jour aussi!
Excellente entrevue!! C’est toujours agréable de se faire préparer un cocktail savoureux par une personne ayant pu s’inspirer de plusieurs milieux!
Ayant été présent à plusieurs dimanches :), je vous assure que c’est une soirée hors de l’ordinaire, l’ambiance est survoltée et les bands sont extraordinaires!!
Allez-y! Plaisir garantie!!
Merci tout le monde!
Quelques infos:
Ushuaïa = Une ville d’Argentine
Bergen = Une ville de Norvège
Vu que plusieurs personnes veulent avoir la vie de barman nomade suite à mon article, je pense que les entrevues pour travailler sur le Queen Mary 2 sont à Halifax, mais je suis vraiment pas certain. Yan éclaire nous !
Ça donne en effet envie d’être barman nomade!
Le Boudoir le dimanche, un incontournable!! On aime.
Ok Prince William, sérieusement! Chu jalouse…
ps. le see you later dater est délicieux!
Quelle carrière! Merci pour l’entrevue Clovis!
Ahaha pis le DOVAL à Montréal, c’est un resto Portuguais familial trop crad mais délicieux, allez faire un tour, le dude qui joue de la guitare les soirs est assez intense! :o)
Aller boire des drinks à Ushuaïa, un rêve.
Et je me demande pourquoi je n’ai jamais mis les pieds au Boudoir, moi.